Solaine Bouchard

 

Gérard Roy, agent de protection de la faune

Tapis dans un bosquet depuis les petites heures du matin, Gérard Roy attend, immobile et à l’affût. L’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours, c’est lui! Agent de protection de la faune, il veille à ce que les chasseurs, les pêcheurs, les trappeurs et les citoyens présents sur son territoire d’intervention respectent les lois régissant la protection de la faune et des habitats fauniques. En plus d’enquêter sur des dossiers fauniques, Gérard mène des activités d’éducation auprès des jeunes et des entrepreneurs en excavation qui sont susceptibles de réaliser des interventions dans les habitats fauniques de sa région. Il les incite à respecter la nature dans l’objectif de prévenir les méfaits et à favoriser des pratiques ayant des retombées positives pour la faune. Encadrant également les saisons de chasse et de pêche, l’ensemble du travail accompli par Gérard et ses collègues contribue à assurer l’avenir de la ressource faunique.

Poste :
Coordonnateur et agent de protection de la faune
Employeur :
Service de protection de la faune, ministère des Ressources naturelles et de la Faune
Localisation:
Thetford Mines (Chaudière-Appalaches)
Fonctions  :
Effectuer les interventions de protection par des actions de surveillance et d’enquêtes pour assurer la protection de la faune et de ses habitats; effectuer des arrestations et des saisies; témoigner en cour lors des poursuites; animer des activités d’éducation et de prévention auprès des jeunes et du grand public; coordonner les activités d’une équipe d’agents de protection de la faune.

« C’est un très beau métier pour les amateurs de plein air, de chasse, de pêche et de piégeage»

Champs d’intérêt
« Je suis heureux d’être en contact direct avec la nature et d’intervenir auprès des pêcheurs et des chasseurs. Tous les jours, j’ai à parler au téléphone avec des gens ou à rencontrer une personne pour des renseignements : je serais bien malheureux si je n’aimais pas travailler avec le public! Il faut aussi aimer la faune. C’est un très beau métier pour les amateurs de plein air, de chasse, de pêche et de piégeage. » Cependant, le travail de Gérard ne touche pas seulement la faune. « Il faut dire que notre travail est aussi très important au niveau de la protection des habitats. Pas d’habitat, pas de faune. Nous devons les protéger, car la faune génère des millions de dollars en retombées économiques pour bien des régions. Il faut faire en sorte que les gens puissent profiter de la faune lorsqu’ils vont en forêt. Je suis chasseur moi aussi et j’ai cinq fils, cinq chasseurs. La pérennité, il faut y voir, affirme Gérard, convaincu.

Au printemps, on va intervenir sur les frayères. C’est pratiquement une vocation! C’est dans ce genre d’endroit qu’il nous arrive d’intercepter du monde, il faut avoir un petit côté policier et c’est essentiel d’être à l’aise avec les armes à feu, puisque la plupart du temps, on a affaire à des gens armés », explique Gérard. À l’entendre parler, il faut avoir les nerfs solides pour faire son métier. « Il arrive parfois, lors d’une surveillance de nuit, que les personnes aient consommé de l’alcool. Il faut donc agir en conséquence et garder le contrôle de la situation. » Par contre, le travail de l’agent ne se résume pas aux altercations. « On consigne des plaintes, on mène des enquêtes, on va se renseigner auprès de nos informateurs et on assure un contrôle sur les prélèvements des chasseurs et des pêcheurs. On intervient aussi dans les écoles et auprès des entrepreneurs pour faire de la sensibilisation. Personnellement, dans l’ensemble, j’aime tout ce qui touche à mon métier. Assis dans la forêt, je m’arrange très bien : ce que j’aime un peu moins, c’est le bureau et la paperasse, mais c’est important », concède-t-il.

Qualités recherchées
Dans son travail quotidien, l’agent de protection doit être polyvalent, avoir un bon jugement, être responsable et très autonome. « Ça me plaît, j’aime prendre des initiatives. J’ai aussi la chance de travailler avec différents collaborateurs : des gens de la Sûreté du Québec, des biologistes, des inspecteurs, des citoyens et des informateurs. L’agent est souvent soumis à toutes sortes de situations impromptues, il faut donc savoir trouver la meilleure solution le plus rapidement possible et savoir le faire avec l’appui de son équipe. » Il est également essentiel d’être honnête pour faire ce métier. « Dans l’application des règlements, il faut être juste et honnête en tout temps. Les relations de confiance ont aussi une grande importance. Si tu veux te créer un réseau d’informateurs, il faut les tenir au courant de ce que tu peux faire et éviter de “bluffer”. »

Certaines qualités peuvent constituer des atouts certains dans le travail de l’agent. « Celui qui possède un bon sens de l’observation aura beaucoup plus de facilité à recueillir sa preuve. Une aptitude en informatique est aussi utile, car tous nos rapports sont faits sur support informatique. » Une bonne condition physique permet également à l’agent d’accomplir aisément son travail. « Le travail physique consiste en la manipulation de carcasses, la conduite de VTT et le séjour en forêt sous la tente. Ce sont des conditions de travail encore plus ardues lorsque l’on doit franchir de longues distances à pied. J’ajouterai aussi qu’un agent qui pratique la chasse, la pêche et le piégeage a une bonne longueur d’avance. Les femmes sont tout à fait bienvenues dans notre profession. Nous avons actuellement plus de 15 agentes à notre service et d’autres s’ajouteront sous peu. »

Formation
Pour pouvoir accéder à un poste d’agent de protection de la faune, le programme de formation professionnelle en protection et exploitation des territoires fauniques est conseillé. « La formation en TACH (technique d’aménagement cynégétique et halieutique) ou la technique du milieu naturel, option conservation de la faune, sont également deux formations collégiales appropriées. Dans un proche avenir, une formation technique de niveau collégial, comme une technique policière, pourrait aussi être considérée comme une formation d’intérêt pour devenir agent de la faune. Il est également obligatoire d’avoir plus de 18 ans et d’être titulaire d’un permis de conduire classe 4A (véhicule d’urgence) émis par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Il faut aussi être en bonne santé pour réussir le test médical et passer les tests physiques puisque, par exemple, il y a parmi ces tests une simulation où on demande de poser un moteur à l’arrière d’une chaloupe en eau agitée. »

« La formation et l’obtention des diplômes appropriés sont la seule façon d’accéder à ce travail. Les exigences et la complexité de la tâche font en sorte que plus une personne est qualifiée, mieux elle sera en mesure d’accomplir sa tâche : au cours de nos études, on nous enseigne les volets biologique et légal. Il y a des apprentissages pratiques sur la présentation de cas devant les tribunaux, le maniement d’armes à feu et la conduite de véhicules. » Gérard n’a jamais hésité à suivre des formations lui permettant d’acquérir de nouvelles connaissances. « À mon avis, la formation est une clef de la réussite. Plus on est formé, plus on est compétent et à l’aise avec nos interventions. De plus, pour accéder aux postes de niveau supérieur, l’agent doit se qualifier à un concours. »

Horaire et milieu de travail
« L’agent travaille approximativement 80 % de son temps à l’extérieur, le reste à l’intérieur afin de remplir des rapports, donner des formations, visiter des écoles, répondre à des appels et mener des enquêtes. Plus on monte dans la hiérarchie, moins on passe de temps sur le terrain. » L’agent travaille généralement huit heures par jour, cinq jours par semaine, « mais quand on approche des périodes intenses de pêche et de chasse, on fait neuf heures par jour. Lors des périodes intensives, un agent de protection de la faune doit s’attendre à travailler le soir, les fins de semaine et même lors des jours fériés, comme Noël et le jour de l’An. » En général, le métier d’agent est un emploi à l’année. « Il y a 120 agents saisonniers à notre service. Ils travaillent de la mi-juin à la mi-décembre. Beaucoup d’agents se sont adaptés à ce rythme de travail en se créant une petite entreprise qu’ils opèrent durant l’hiver. »

« Chaque saison sur le terrain apporte ses joies (pensons aux belles températures), mais également ses désagréments : les insectes, la chaleur et les froids intenses. » Le travail quotidien des agents peut être très exigeant. « Lorsqu’on est sur une enquête, on travaille durant de longues heures. On peut parcourir de longues distances, mais on peut aussi rester immobile très longtemps et pas toujours dans des positions confortables. Mon travail comporte aussi un certain niveau de risque, car les gens qu’on appréhende sont généralement armés. On a cependant accès à des appareils de vision de nuit et à l’équipement nécessaire pour se protéger. C’est clair qu’il peut quand même arriver des accidents, surtout dans les moyens de transport. Heureusement, l’équipe est vieille, alors ça doit être un bon signe! », lance Gérard, l’air espiègle.

Rémunération
« Le revenu annuel moyen d’un agent ayant un poste permanent est de 48 000 $. Selon la convention, certains agents ont droit à des primes de soir, de nuit et de fin de semaine. Le salaire, quant à lui, demeure fixe. Déjà après deux ans de service, l’agent de protection de la faune a droit à un mois de vacances par année et à douze jours de maladie. Il a aussi accès au régime de retraite gouvernemental. » Un agent peut également faire des heures supplémentaires. Seuls les saisonniers, qui travaillent six mois par année, auront recours à l’assurance-emploi.

Défis et perspectives
« L’évolution des technologies informatiques et les nouvelles méthodes de braconnage sont des défis auxquels les agents font face. » Gérard souligne aussi des changements importants dans les champs d’intervention des agents de protection de la faune. « Notre travail est de plus en plus axé sur la protection des habitats. Les changements climatiques amènent aussi des nouveautés dans notre travail, car ça permet à certaines populations de croître et d’être moins sensibles à l’hiver. Ça nous amène aussi à nous occuper de la récupération des oiseaux moribonds qui pourraient être infectés par la grippe aviaire ou le virus du Nil, des mandats réalisés en collaboration avec les ministères de la Santé et des Services sociaux du Québec et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. 

« Les perspectives d’emploi sont intéressantes, tant actuellement que pour les années à venir. Il y a beaucoup de départs à la retraite. Près de 90 % des effectifs devront être remplacés d’ici 2012. On va d’abord aller piger dans la banque d’occasionnels, mais il va certainement y avoir des postes à combler. » Un agent de protection de la faune peut aussi aspirer à des postes de cadre. « Par voie de concours et de promotion, un agent peut accéder à un poste de niveau supérieur, par exemple à titre de chef de service. Il peut avoir la responsabilité d’une équipe et de dossiers particuliers ou même accéder au titre de directeur régional. »

Conseils
« Avant de se lancer, Gérard souligne qu’il est intéressant de rencontrer un agent qui exerce le métier et de lire de la documentation avant de le rencontrer afin de lui poser les questions qui nous préoccupent. Il faut aussi être flexible; c’est possible qu’un poste d’agent te soit offert à Matane ou à Havre-Saint-Pierre. Ce n’est pas un mode de vie qui plaît à tout le monde, concède Gérard, qui s’est promené aux quatre coins du Québec au cours de sa carrière, mais j’encourage ceux et celles qui veulent réellement faire ce métier à persister dans leur choix, car il va y avoir des possibilités, c’est certain. »

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