Solaine Bouchard

 

Pierre Bordeleau, agent de protection contre le feu

Émergeant d’un dense nuage de fumée, un avion survole la forêt enflammée. À son bord se tient Pierre Bordeleau, agent de protection. Comptant sur 25 années d’expérience, il peut bien dire qu’il a souvent marché sur des feux! Que ce soit aux commandes d’une équipe de pompiers forestiers, sur le terrain ou à bord d’un aéronef, il combat les incendies de forêt pour éviter qu’ils ne prennent des proportions incontrôlables ou qu’ils ne menacent la sécurité des populations avoisinantes. Aujourd’hui devenu agent de formation à la SOPFEU, Pierre transmet son expérience aux nouvelles générations d’agents de protection.

 

Poste :
Coordonnateur de protection et agent de formation
Employeur :
Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU)
Localisation:
Aéroport international Jean-Lesage, Sainte-Foy (Capitale-Nationale)
Fonctions  :
Planification des opérations (équipement, personnel, transport, stratégies); coordination des opérations pour la suppression des feux; gestion de personnel; vérification d’équipement forestier; préparation et diffusion des programmes de formation.

« C’est un travail d’équipe. Il faut être à l’écoute des autres et tenir compte de leur expérience. »

 

Champs d’intérêt
« Ce que j’aime le plus de mon rôle d’agent de protection, c’est le plaisir d’aller en forêt et de me promener en avion et en hélicoptère. On voit des comportements de feu que les gens vont voir seulement sur des photos, des incendies qui se déploient sur des dizaines de kilomètres par exemple. C’est tout le défi de s’organiser et de déterminer les stratégies qu’on va prendre pour combattre. Dans les formations, on montre aux gens qu’il y a la force de frappe du feu et la force de suppression qu’on peut appliquer. Il faut essayer de combattre avec le moins de force possible. Ça nécessite une planification qui se fait dans un délai très court. En l’espace d’une journée, il faut être prêt à intervenir. Ça prend des gens calmes, mais toujours prêts pour l’action, car on doit prendre d’importantes décisions à tout moment et on travaille aussi longtemps que dure l’incendie. »

« Avec le poste de formateur que j’occupe, je vais encore sur le terrain, mais j’ai le beau rôle. Quand il n’y a pas de feu, je n’ai pas à m’occuper des tâches de gestion de personnel, et c’est possiblement ce qui est le plus lourd au niveau du travail qu’effectue l’agent de protection au jour le jour. Je m’occupe plutôt de préparer et de diffuser les formations. L’agent de protection, dont gérer le personnel est la tâche principale, travaille habituellement avec des groupes de 4 à 6 pompiers forestiers, des saisonniers qui vont être en poste d’avril à octobre. Il assure un rôle de chef d’équipe. Il faut donc avoir un bon leadership, être débrouillard et être polyvalent, mais il ne faut jamais penser qu’on est tout puissant. C’est un travail d’équipe. Il faut être à l’écoute des autres et tenir compte de leur expérience. »

Qualités recherchées
Une bonne planification et un sens de l’organisation développé permettent à l’agent de protection d’être efficace dans son travail. « Je me suis même rendu compte que ça me sert dans ma vie de tous les jours. On est constamment en train de calculer le nombre de personnes dont on aura besoin sur le terrain, l’équipement, les stratégies de lutte, etc. On doit aussi être prêt à s’adapter et connaître plusieurs techniques. L’utilisation de l’informatique est de plus en plus présente pour les simulations d’incendie et le développement de stratégies. Il faut bien s’y connaître, car ces outils nous laissent parfois tomber une fois sur le terrain. Dans un tel contexte, c’est très important d’être tolérant au stress, tant au nôtre qu’à celui des autres », raconte Pierre, réaliste.

Afin de minimiser l’ampleur des incendies, son employeur, la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU), accorde une grande importance à la prévention. « La prévention des incendies de forêt se fait par des campagnes médiatiques nationales et les agents sont peu sollicités. Par contre, nous sommes appelés à faire de la vérification d’équipement forestier en prévention des feux. Près de 15 % des incendies de forêt sont liés à l’exploitation forestière, et la matière ligneuse a une grande importance au Québec. » Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Pierre explique qu’il ne fait pas un métier très physique et que les femmes peuvent aussi bien s’y débrouiller que les hommes, à condition qu’elles acceptent d’être loin de leur famille durant la saison des feux.

Formation
« J’ai fait une formation collégiale en techniques forestières. J’y ai appris la foresterie, mais, à cause d’une grève, très peu sur les incendies de forêt. La formation m’a surtout aidé à avoir un poste, car c’est un préalable, mais c’est vraiment l’expérience qui fait la différence. Les gens qui vont occuper un poste à la SOPFEU doivent avoir suivi une formation obligatoire qui varie de quelques jours à une semaine. Les formations de combattant qualifié, de chef d’équipe, de chef de lutte stade I, de chef de lutte stade II et de coordonnateur peuvent être cumulées année après année. Puis, avec l’expérience et un certain nombre d’incendies, on peut être appelé à remplir les fonctions d’agent de protection. Si la SOPFEU est incapable de trouver un saisonnier qui a travaillé pour nous pendant plusieurs années, on va aller chercher quelqu’un qui a de l’expérience en foresterie et on va lui donner une formation abrégée, mais ce n’est pas la meilleure situation. On aime mieux engager une personne qui a déjà travaillé sur le terrain. »

Horaire et milieu de travail
L’horaire et le milieu de travail d’un agent de protection varient énormément en fonction des saisons. « La saison des feux peut s’étendre de la mi-mai jusqu’en septembre pour les gros incendies. L’été, on fait du 8 à 5, à 40 heures par semaine sur 5 jours et lorsqu’on est sur les feux, il n’y a pas de limite maximale d’heures. Si c’est nécessaire, on peut travailler les soirs et les fins de semaine. Une seule semaine de vacances est autorisée durant cette période. L’hiver, c’est plus flexible. On passe à un horaire de 35 heures et c’est le moment que les agents vont privilégier pour leurs vacances. Sur une année, un agent passe 60 % de son temps de travail à l’intérieur et 40 % à l’extérieur du bureau, ce qui ne signifie pas nécessairement être dehors. Le travail à l’extérieur à proprement parler correspond à environ 20 % de notre tâche. »

Le travail d’agent comporte un rythme de vie particulier. « On passe beaucoup de temps à faire des déplacements en hélicoptère et en avion pour se rendre dans les endroits éloignés où ont lieu les incendies. Il nous arrive aussi d’être appelés à combattre des incendies dans d’autres provinces. » Ce rythme de vie n’est pas toujours évident pour les jeunes familles. « Personnellement, j’ai passé cette étape-là avec mes enfants, mais lorsqu’ils étaient plus jeunes, je passais beaucoup de temps loin de la maison l’été. Sur les feux, on se laisse pousser la barbe et il peut arriver que nos jeunes ne nous reconnaissent même pas au retour! C’est déjà arrivé que mon gars se cache derrière sa mère en me voyant entrer dans la maison », se remémore-t-il.

Rémunération
« La paie d’un agent joue en fonction de son expérience et selon une échelle de salaires. On peut commencer entre 42 000 $ et 43 000 $ par année et ça peut aller jusqu’à environ 50 000 $. Il y a entre 7 et 9 échelons de salaire. » Le salaire est versé en fonction du nombre d’heures travaillées. « L’été, il n’y a pas de limites d’heures lorsqu’on est sur le terrain. Nos heures supplémentaires nous sont payées sur une base de 40 heures par semaine. On n’a pas de prime au rendement, mais du côté des conditions de travail, on est quand même très choyés », affirme Pierre. En plus de leur salaire, les agents engagés par la SOPFEU ont aussi droit à des avantages sociaux comme une caisse de retraite et des assurances.

Défis et perspectives
À l’avenir, les outils et la technologie utilisés par les agents de protection contre le feu vont continuer à se raffiner. « On peut encore améliorer nos modèles afin d’arriver à une meilleure connaissance des comportements du feu et de développer de nouvelles techniques de combat. » La SOPFEU a aussi le souci de continuer à rendre les communications plus efficaces entre les bureaux et le terrain. « On veut pouvoir assurer un suivi des opérations sur le terrain pour éviter certains types de laisser-aller qui ont pu être observés dans le passé. Il arrive encore aujourd’hui qu’on entende parler d’un incident à la fin d’une saison, alors que les procédures auraient pu être améliorées dès le moment où le problème a été constaté. »

En faveur de la prévention des incendies forestiers, Pierre concède que les agents de protection auront toujours du travail, car la majorité des feux en forêt boréale sont allumés par la foudre. De plus, les perspectives d’emploi devraient s’améliorer au cours des prochaines années. « Il y a une cinquantaine d’agents protection qui pratiquent ce métier au Québec. Actuellement, 3 à 4 postes d’agent sont ouverts pour le recrutement chaque année. Avec les mises à la retraite, ça devrait augmenter pour atteindre de 5 à 10 postes par an. Et une fois qu’on est agent de protection, il est toujours possible de devenir chef de base et de gérer un groupe d’agents. On peut aussi penser à des postes de coordonnateur aux opérations terrestres, de chef de suppression pour une région ou encore de formateur, comme dans mon cas. »

Conseils
« Lorsqu’on veut devenir agent de protection, il faut être patient. Il n’y a pas beaucoup d’ouvertures de poste chaque année. Je conseille aux intéressés de prendre le temps de se bâtir une expérience solide et d’être attentifs. Il ne faut surtout pas croire qu’on sait tout. À un certain niveau, on n’aime pas ça dire qu’on n’a pas eu raison, mais parfois, à la vitesse où l’on prend nos décisions, c’est normal qu’on ne choisisse pas toujours les bonnes. C’est important de prendre les conseils qu’on nous donne, de reconnaître nos erreurs en vue de s’améliorer et de savoir profiter de l’expérience de nos subordonnés », conclut Pierre.

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