
Andréanne Désy , biologiste
Avec son air de Petit Poucet et ses immenses bottes, Andréanne Désy ne prend peut-être pas beaucoup de place, mais elle ne s’en laisse pas imposer. Biologiste à l’Agence régionale de mise en valeur des forêts privées de la Chaudière depuis 2001, elle sillonne régulièrement les forêts privées de la région en vue d’y favoriser la réalisation d’aménagements forêt-faune, des travaux d’aménagement forestier qui privilégient la présence de la faune. Rayonnante, pleine d’énergie et passionnée, Andréanne a su se faire connaître et mettre en valeur les préoccupations écologiques qui lui tiennent à cœur. Forte d’une solide expérience, elle a su convaincre les acteurs locaux, année après année, de l’importance de maintenir des habitats pour la faune en milieu forestier.

Poste : |
Biologiste et adjointe au coordonnateur |
Employeur : |
Agence régionale de mise en valeur des forêts privées de la Chaudière |
Localisation: |
Thetford Mines (Chaudière-Appalaches) |
Fonctions : |
Concevoir et superviser des projets pour répondre au Plan de protection et de mise en valeur des forêts de la Chaudière; donner des cours de formation et sensibiliser les propriétaires (suggestions de traitement, concours de photographie, etc.); réaliser des inventaires; produire des rapports et des analyses. |

« Nous travaillons avec plusieurs intervenants, il faut donc savoir les écouter et partager nos idées pour pouvoir arriver à des compromis... »
Champs d’intérêt
« J’ai grandi à la campagne, près de la nature. Ce qui m’a attirée vers le métier de biologiste, c’est de pouvoir concilier mon intérêt pour la forêt et la faune. Il n’y a pas une journée où je vais aller sur le terrain sans en revenir émerveillée, confie Andréanne, les yeux pétillants. J’ai toujours été très curieuse et j’ai toujours quelque chose à découvrir. C’est très stimulant, mon bureau est toujours rempli de nouvelles découvertes et je m’implique entièrement dans mes projets. Je ne m’en sens pas détachée, bien au contraire. À mon arrivée à l’Agence, je me suis rendu compte que si on veut améliorer les choses et faire valoir un point de vue environnemental, le contact avec les gens est primordial. J’ai donc appris à communiquer, à échanger des idées et à convaincre les propriétaires de l’importance de mettre en valeur la matière ligneuse en tenant compte des autres ressources de la forêt. »
Andréanne concède par contre qu’elle doit constamment se démarquer pour obtenir de l’aide financière. De par ses expériences professionnelles antérieures, elle arrive à mobiliser les ressources nécessaires à la réalisation de ses projets. « Au début, il était plutôt difficile de faire valoir mes opinions. Beaucoup de gens ont encore l’idée que la place d’une fille n’est pas dans le bois. Par exemple, il est difficile de trouver des bottes forestières pour femmes : c’est toute une mission! Après plusieurs années de services pour le même organisme, les gens ont appris à me connaître, me font davantage confiance et croient de plus en plus à nos projets. »
Qualités recherchées
Un biologiste doit être très polyvalent et autonome, puis savoir prendre des initiatives. « Nous avons à gérer nous-mêmes les ressources, soit notre équipe de travail et le budget accordé. Il faut mettre à profit tout notre potentiel, et ce, en dépit des ressources disponibles. Nous travaillons avec plusieurs intervenants, il faut donc savoir les écouter et partager nos idées, être bon communicateur et diplomate pour pouvoir arriver à des compromis », soutient Andréanne. La rigueur est également nécessaire lors des inventaires. « Pour bien transmettre l’information aux propriétaires, il faut être crédible et sérieux dans le travail à accomplir. Quant à la recherche et au travail en laboratoire, les exigences sont aussi nombreuses. En laboratoire, la minutie est indispensable alors que dans mon travail, mes tâches ne nécessitent pas vraiment de précision. »
« La plupart des biologistes sont chargés de projets. Il faut donc être un bon vulgarisateur pour bien faire comprendre les messages sans s’accrocher dans les termes techniques », affirme-t-elle. Par la sensibilisation et l’information, le biologiste peut aussi jouer un rôle dans le changement de la vision des propriétaires forestiers en matière d’aménagement forestier durable. « C’est d’ailleurs le cas dans la région de la Chaudière. Je suis super optimiste. Je suis d’ailleurs certaine que notre travail et nos efforts apportent d’excellents résultats. Il faut continuer à faire connaître le milieu forestier à la relève et démontrer qu’on peut se réaliser en travaillant en concertation avec les nombreux intervenants du milieu forestier. »
Formation
Au cours de ses études en biologie, Andréanne a acquis un solide bagage de connaissances portant sur la faune et ses habitats. Elle s’est aussi familiarisée avec la méthode scientifique, les différents outils de mesure utilisés par les biologistes et elle a mis sur pied un projet qui lui a permis de comprendre concrètement son rôle. Diplômée d’un baccalauréat en biologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Andréanne a choisi une formation qui répondait à ses goûts. « J’avais presque complété une année en comptabilité et je ne me voyais pas exécuter sans relâche du travail de bureau. En rencontrant un conseiller en orientation, j’ai réalisé que le métier de biologiste me permettait de travailler autant à l’extérieur qu’à l’intérieur et conciliait également mes intérêts pour la forêt et la faune. En plus, j’étais admissible à la formation en biologie puisque j’avais complété les préalables en sciences au cégep. »
Par contre, la biologiste admet que son parcours a été parsemé de défis. « Il y a d’abord les difficultés de la langue seconde : l’anglais. Dans le domaine scientifique, la plupart des communications sont rédigées en anglais, il faut donc parvenir à les lire, puis à les comprendre. En plus, les cours théoriques ne suffisent pas à acquérir l’expérience nécessaire. Quant à moi, j’ai appris ma foresterie sur le terrain puisque le volet forestier était absent de ma formation. D’ailleurs, je trouve intéressant le cheminement de certaines personnes qui ont fait des études collégiales en foresterie avant d’étudier en biologie. C’est une approche bien intéressante, laquelle augmente le niveau de compétences. Il faut initialement connaître ses intérêts. Finalement, je me rends compte que ma formation en comptabilité m’a aussi beaucoup apporté au niveau de la gestion. »
Horaire et milieu de travail
Selon Andréanne, le métier de biologiste se pratique sur une période annuelle, bien que les premiers emplois sont généralement « à contrat ». Il existe aussi une certaine routine saisonnière dans les tâches à accomplir. « Les biologistes vont habituellement procéder à des inventaires terrain durant la saison estivale, alors que les analyses, le travail de laboratoire et la rédaction des rapports s’exécutent au cours de l’hiver. » Un biologiste travaille en moyenne de 35 à 40 heures par semaine. « En règle générale, je travaille des semaines de 35 heures, mais il se peut que le terrain engendre un surplus de 10 heures. Pourtant, je ne perçois pas ces heures supplémentaires comme du travail. Il peut aussi arriver que je poursuive mes tâches le soir et la fin de semaine pour préparer de grosses présentations ou assister à des réunions. Par contre, je n’ai pas à me plaindre, car j’ai la chance de développer mes propres projets! »
Planchant sur une foule de dossiers, Andréanne est amenée à travailler à l’intérieur comme à l’extérieur. « Au bureau, la paperasse ne manque pas! Je produis des rapports, des analyses, je monte des projets et des formations. Je m’occupe aussi des demandes de subvention. Les activités que je fais à l’extérieur sont toujours en lien avec les projets que je mets sur pied pendant l’année. Par exemple, j’ai fait des inventaires de milieux humides, de faune et de flore. On a aussi eu l’occasion de travailler avec un cinéaste pour le tournage d’un DVD vidéo visant l’aménagement de traverses de cours d’eau. Cette année, le travail terrain consistera en la vérification de travaux forêt-faune pour s’assurer du respect des normes.»
Défis et perspectives
« Un des bons défis dans une agence forestière, c’est de faire reconnaître l’importance du côté faunique dans la gestion de la ressource forestière. C’est un défi de tous les jours! Il faut aussi faire en sorte que les conseillers forestiers, lesquels assistent les propriétaires dans la planification des aménagements, s’approprient les projets d’aménagement forêt-faune », souligne-t-elle.
« J’ai vu l’évolution de la profession au cours de mes six années à l’emploi de l’Agence. La géomatique et l’informatique contribuent de plus en plus à faciliter le travail du biologiste dans la planification des aménagements et des inventaires. En région, des emplois se créent. Le métier est de plus en plus reconnu socialement et on commence à réaliser le rôle que peut jouer un biologiste dans la gestion durable des ressources », note Andréanne. Grâce à ses efforts soutenus, elle aura d’ailleurs su convaincre de nombreux propriétaires de boisés quant à l’importance des aménagements fauniques en milieu forestier.
Conseils
« J’encourage les futurs biologistes à croire en ce qu’ils font tout en restant ouverts et attentifs aux besoins et aux objectifs des autres », conseille Andréanne. Pour cela, il faut savoir s’adapter à la réalité du métier. « Pour être apte à concilier les intérêts d’une foule d’acteurs et pour que tout le monde en ressorte gagnant, tant les propriétaires, les intervenants forestiers, la faune que l’environnement en général, il faut savoir foncer, avoir l’esprit ouvert et croire en ses propres valeurs et convictions », conclut-elle, convaincue d’avoir fait le bon choix.
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