Solaine Bouchard

 

Simon Gaboury ,Ingénieur forestier et écoconseiller diplômé®

En tant que jeune professionnel dans le domaine de la foresterie, Simon Gaboury était à la recherche de valeurs plus humaines et environnementales dans son travail. Cherchant à concilier des considérations économiques, sociales et environnementales, c’est aujourd’hui grâce à l’approche de l’écoconseil qu’il peut mieux jongler avec ces dimensions dans les contrats qu’il réalise en tant que chargé de projet. Maintenant mieux armé, Simon aimerait contribuer à intégrer les principes du développement durable, soit ceux de l’écoconseil, à la foresterie, sa première passion.

 

 

Poste :
Chargé de projet en écoconseil
Employeur :
Chaire de recherche et d’intervention en Éco-conseil®, Université du Québec à Chicoutimi
Localisation:
Chicoutimi (Saguenay-Lac-Saint-Jean)
Fonctions  :
Agir à titre de consultant en foresterie et en efficacité énergétique; fournir des renseignements techniques sur la production de gaz à effets de serre (GES) et sur le protocole de Kyoto; faire l’évaluation des conséquences des changements climatiques sur le cycle du carbone de la sylviculture et du matériau bois afin d’en diminuer les impacts tout en tenant compte des considérations économiques, des emplois en région ainsi que des autres aspects reliés à la biodiversité.

« L’écoconseil est avant tout une approche qui vise à minimiser les impacts environnementaux et à maximiser les impacts sociaux d’un projet ou d’une activité qui se veut rentable. »

 

Champs d’intérêt
« Quand j’ai fini mon bac en foresterie en 2002, les affrontements entre les “écolos” et l’industrie de la foresterie étaient fréquents. Une tendance se dessinait déjà; en ville, lorsque je disais que j’étais ingénieur forestier, je faisais presque fuir les gens! Pourtant, j’avais entendu parler de développement durable au cours de mes études et j’avais travaillé dans le bois, j’étais donc capable de parler des mauvais, mais aussi des bons côtés de la foresterie. À contre-courant de la controverse, j’ai eu envie d’explorer autre chose, de voir comment on pouvait intégrer concrètement des valeurs environnementales dans un domaine où la rentabilité économique, et de plus en plus l’opinion publique, sont des facteurs importants », raconte Simon.

Premier ingénieur forestier à devenir écoconseiller diplômé au Québec, Simon Gaboury essaie de contribuer au développement durable de son domaine. Après avoir examiné le protocole de Kyoto sous toutes ses coutures et exploré à fond le domaine de l’efficacité énergétique, il croit que des approches comme celle que propose l’écoconseil peuvent contribuer à redorer le blason de la foresterie au Québec et permettre une meilleure intégration des quatre axes du développement durable (économie, environnement, éthique et société) dans les différents secteurs de l’économie.

Qualités recherchées
L’écoconseiller a quelque chose d’un caméléon. Il doit déceler la couleur des gens avec qui il travaille tout en les aidant à communiquer entre eux et à mieux exprimer leurs idées en vue d’arriver à un compromis. « C’est souvent un des rôles importants de l’écoconseiller que de se faire l’avocat du diable. Il doit garder l’esprit ouvert pour tenter de sortir de son propre cadre de référence en vue de comprendre pourquoi les gens ont des valeurs différentes. L’objectif est d’amener des gens à travailler ensemble et à intégrer des valeurs sociales et environnementales dans un projet que l’on veut économiquement rentable. Pour faire ça, il faut aimer nager dans des milieux conflictuels », lance Simon, bien conscient de la réalité de son métier.

« L’écoconseil, c’est aussi un travail d’équipe qui demande un contact constant avec beaucoup de gens. Il faut tenir compte des points de vue de tout le monde si on veut tous aller dans la même direction. Ça demande aussi un travail de synthèse et beaucoup de créativité pour présenter des solutions adaptées qui conviendront à tous les paliers, de la base aux décideurs. Cette partie du travail est souvent plus aisée pour les écoconseillers qui ont un “background” plus artistique. Chacun peut apporter son grain de sel. Finalement, pour présenter ce que tu as à proposer, il faudra tenir compte d’une multitude de facteurs et garder l’essence de la réflexion, qui peut souvent se résumer à une page. Ce n’est pas toujours évident, mais c’est très satisfaisant! », nous dit Simon, en se remémorant en avoir fait l’exercice dans le cadre de son stage à l’usine ALCAN.

Formation
Selon Simon, la plupart des gens qui s’orientent vers l’écoconseil sont généralement en période de remise en question. « Personnellement, j’avais besoin d’explorer autre chose et de développer de nouveaux outils pour intégrer des valeurs plus humaines à mon travail. L’écoconseil est avant tout une approche qui vise à minimiser les impacts environnementaux et à maximiser les impacts sociaux d’un projet ou d’une activité qui se veut rentable. » Pour bien intégrer ces dimensions qui sont au cœur du concept de développement durable, Simon a complété un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en écoconseil. Il s’agit d’un diplôme de deuxième cycle universitaire qui peut être complété après l’obtention d’un baccalauréat.

« C’est une formation très dynamique et intensive, avec un horaire à plein temps comme au secondaire. Des sorties sont prévues sur le terrain et on apprend à partir de cas réels. » Faut-il avoir de fortes aptitudes en sciences pour étudier en écoconseil? « Non, ce n’est pas nécessaire. La formation en écoconseil vise surtout à avoir une vision globale d’une problématique. D’ailleurs, un “blitz” de formation, donné en début de diplôme, permet à tous les étudiants de mettre leurs connaissances à niveau tant en sciences naturelles qu’en sciences humaines. » Grâce aux acquis de sa formation en écoconseil et de sa maîtrise en ressources renouvelables, deux diplômes qu’il a complétés à l’Université du Québec à Chicoutimi, Simon peut aujourd’hui intégrer des considérations environnementales et sociales à son travail. « Il faut savoir que l’approche peut être adaptée à notre formation de départ. Moi, ça m’a permis de pousser plus avant l’intégration du concept de développement durable en foresterie, par exemple, dans la gestion du réservoir de carbone que constituent la forêt et le matériau bois par rapport à leurs incidences sur le climat. »

Horaire et milieu de travail
Les horaires et le milieu de travail vont « changer d’un milieu à l’autre, étant donné que l’écoconseil n’est pas un emploi typique. À contrat, tu peux travailler à n’importe quelle heure et avoir un horaire très flexible, mais lorsqu’il s’agit d’un emploi en entreprise, comme dans le cas de mon stage en efficacité énergétique chez ALCAN, c’est plus du 8 à 5 », souligne Simon. L’écoconseiller traditionnel travaille surtout à l’intérieur et accomplit la majorité de sa tâche en contact avec des gens ou dans un bureau. « Ce qui n’est pas classique, complète Simon, c’est que l’écoconseiller se promène sur le terrain, pour cibler ce qui peut être amélioré et trouver une solution en accord avec le milieu où il travaille. L’écoconseiller est souvent appelé à aller voir les gens pour recueillir leurs opinions et doit se maintenir à l’affût des nouveautés dans son domaine d’action, par exemple en fréquentant des colloques. »

Rémunération
Selon Simon, l’écoconseil est un métier nouveau et permet d’occuper une gamme d’emplois tellement variée qu’il est encore difficile d’évaluer à quoi peut correspondre le salaire type d’un écoconseiller. « Le gars qui travaille pour de grandes compagnies comme Bell et Desjardins n’aura pas le même salaire que celui qui est employé par une MRC, commente-t-il. C’est un emploi qui est rarement intégré dans les structures. Il faut donc s’attendre à ce que ça fonctionne surtout à contrat au début, avec moins d’avantages sociaux, mais on peut espérer qu’avec la reconnaissance de la profession, ça va devenir comme dans d’autres domaines. »

« Pour les stages qui doivent être effectués en vue de compléter la formation de deuxième cycle universitaire en écoconseil, un minimum de 15 $ l’heure est généralement demandé, ajoute Simon. À ce taux horaire là, c’est plutôt rare que les employeurs hésitent à embaucher un stagiaire, surtout qu’ils ont de plus en plus besoin d’expertise pour arriver à appliquer les nouvelles lois et directives relevant du développement durable. » Simon avoue cependant que c’est une autre paire de manches lorsqu’il s’agit d’engager un écoconseiller à temps plein. « À l’heure actuelle, un écoconseiller doit savoir se vendre et faire reconnaître la valeur ajoutée qu’il peut apporter à une entreprise », précise-t-il.

Défis et perspectives
« L’écoconseiller aura un grand rôle à jouer dans l’avenir. Plus les gens auront des objectifs à atteindre en termes de développement durable, plus ça va favoriser les écoconseillers. C’est une profession qui va toujours bouger et être en constante évolution. Les orientations des grandes politiques vont sûrement avoir un impact, affirme Simon, et si tu as du courage et que tu y réfléchis bien, tu peux souvent créer ton propre emploi. C’est comme ça que les premiers écoconseillers diplômés ont réussi à se faire une place. »

En foresterie, l’avenir semble sourire aux écoconseillers. « Les possibilités sont nombreuses. En passant moins par une approche biologique que par une approche sociale et environnementale au sens large, l’écoconseiller peut travailler à implanter des certifications, à faire des plans d’aménagement multiressources et à apporter son expertise à l’aménagement intégré des forêts. Il peut également agir en tant que consultant en foresterie pour la conciliation des intérêts des différents utilisateurs de la forêt. On peut aussi imaginer un écoconseiller travaillant à monter des projets d’éducation en foresterie », complète Simon.

Conseils
À ceux qui seraient tentés de promouvoir l’approche de l’écoconseil, Simon recommande de rester ouverts. « Il faut être curieux, s’intéresser à toutes sortes de choses et à toutes sortes de gens et se tenir informé des nouveautés dans le domaine. C’est ce que ça prend pour être capable de jouer à l’avocat du diable », précise-t-il. De plus, « chaque écoconseiller a sa vision particulière, tout dépendant de son expérience et de sa formation personnelles, mais l’approche globale demeure la même, ajoute Simon. Il faut aimer foncer : l’écoconseil est une approche nouvelle, ça va déranger un peu, mais pour quelqu’un qui a des idées et qui aime innover, le momentum est là. »

 

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