
Mathieu Wéra-Bussière, technicien de la faune et de la flore
Dans un bruissement d’eau presque silencieux, un homme-grenouille farfouille le fond de la rivière aux Pins. « Yé! », lance soudainement la forme noire en se relevant d’un coup. Mathieu Wéra-Bussière, technicien de la faune, vient de mettre la main sur la 21e tortue des bois trouvée dans le secteur. Il pourra l’identifier, la doter d’un émetteur et la suivre dans ses déplacements. Conseiller forestier au Groupement agro-forestier de Lotbinière-Mégantic inc. depuis déjà trois ans, Mathieu contribue à mettre sur pied des projets en vue de protéger cette espèce vulnérable, travaillant de concert avec les agriculteurs et les propriétaires de boisé de la région.

Poste : |
Technicien de la faune |
Employeur : |
Groupement agro-forestier de Lotbinière-Mégantic inc. |
Localisation: |
Sainte-Agathe (Chaudière-Appalaches) |
Fonctions : |
Offrir des services d’aménagement faunique aux propriétaires; monter, gérer et réaliser des projets à volet faunique en milieu forestier public et surtout privé; superviser des aménagements forêt-faune; faire des suivis fauniques et floristiques. |

« Dans un projet où l’on cherche à protéger une espèce, il est important de rallier les gens autour de soi. (...) C’est un travail d’équipe avec plusieurs partenaires. »
Champs d’intérêt
« Je suis technicien de la faune. C’est un métier que j’ai choisi et que j’aime. Il y a de la diversité et pas trop de routine. Dans les projets qui touchent la tortue des bois, on a monté une vidéo et un dépliant, rencontré les propriétaires pour les sensibiliser à la présence de la tortue et on s’est promené au Québec pour rencontrer différents intervenants et bien comprendre la problématique. Dans un projet où l’on cherche à protéger une espèce, il est important de rallier les gens autour de soi et d’échanger sur nos expériences respectives. C’est un travail d’équipe avec plusieurs partenaires », explique Mathieu. Par contre, il avoue qu’il n’a pas toujours été à l’aise avec les demandes de subvention qu’il doit remplir afin de poursuivre les travaux d’aménagement forestier favorisant la présence de la tortue des bois. « Surtout au début, t’as le stress que ça passera pas, mais, avec le temps, on devient plus confiant. »
Qualités recherchées
« Pour faire ce métier, il faut avoir un intérêt certain pour les sciences naturelles, être polyvalent et avoir le sens de l’organisation », affirme Mathieu, dont le travail consiste à marier préoccupations fauniques et aménagement forestier. « Je suis technicien de la faune, mais j’agis aussi à titre de conseiller forestier. On offre un service d’aménagement forestier aux propriétaires, que l’on conseille au meilleur de nos connaissances. La plupart des techniciens de l’Agence sont contremaîtres. Il nous arrive de travailler avec des ouvriers et des contractants. » Une bonne capacité d’analyse et de synthèse ainsi qu’une éthique scientifique sont également essentielles. « Certains volets de recherche vont nécessiter des analyses et du travail de laboratoire, mais une grande partie du travail se fait sur le terrain. Tout ça montre que le métier de technicien de la faune peut être très diversifié. »
« La connaissance de l’informatique et une base en géomatique sont très utiles dans notre travail, tant pour aller chercher de l’information et traiter des données que pour la maîtrise de logiciels et d’outils spécialisés comme le GPS. » Le technicien doit également conserver une bonne forme physique. « On peut travailler de façon autonome ou en équipe, mais plus tu es en forme, moins tu seras dépendant. » La curiosité et de bonnes habiletés en communication orale peuvent également présenter un atout pour le technicien. Toutefois, « ça ne prend pas obligatoirement ça, tu peux être un bon soldat sans ça, mais les gens qui ont ces qualités-là vont être plus polyvalents et vont progresser beaucoup plus vite », confirme Mathieu.
Formation
« Pour ceux qui veulent travailler au niveau de la faune ou de la flore, il y a au moins trois ou quatre formations possibles, et face aux employeurs, ça se vaut pas mal. Il y a aussi certaines formations qui permettent des spécialisations. La technique en aménagement cynégétique et halieutique (TACH) est intéressante pour quelqu’un qui aime la chasse ou qui veut travailler avec la faune. » Mathieu fait aussi remarquer qu’une personne intéressée à étudier en biologie au niveau universitaire a avantage à faire une technique. « C’est plus qu’un atout et pour les techniciens qui veulent se spécialiser, il y a des certificats universitaires en aménagement de la faune et des programmes sur mesure. Ça n’a peut-être pas la crédibilité d’un baccalauréat, mais c’est l’école adaptée. En un an ou deux, tu vas chercher ce que tu veux approfondir avant de te lancer. »
« Au secondaire, j’étais intéressé par deux choses, l’ornithologie et l’enseignement. Pour être ornithologue, il fallait faire une formation spécialisée. La formation en TACH m’a permis d’aller chercher des connaissances et beaucoup de polyvalence. Dans un territoire faunique, une aire de conservation ou une pourvoirie, il faut être capable de faire de la comptabilité et des aménagements et il faut connaître la biologie, la gestion faunique, la gestion du personnel, la chasse et la réglementation. La formation nous apprend tout ça et permet de bien se préparer à l’emploi. On apprend à aller chercher l’information, à la rassembler pour se donner une direction, à développer notre sens critique et à renforcer nos points faibles. Ma formation, donnée à Baie-Comeau, m’a aussi permis de rencontrer huit ou neuf “chums” qui font aujourd’hui partie de mon réseau de contacts », complète Mathieu.
Horaire et milieu de travail
Les horaires d’un technicien de la faune et de la flore varient surtout en fonction des contrats et des besoins, s’inscrivant dans une moyenne de 35 à 40 heures par semaine. « C’est clair qu’on travaille avec la nature, il y a donc des choses qui se passent dans des périodes très limitées. Lors de la ponte des tortues, la nuit, on peut travailler 16 heures en ligne. Il faut aussi être flexible pour se bâtir une expérience, surtout lorsqu’on commence. Par contre, en ce qui concerne l’inventaire et du travail en laboratoire, les horaires sont plutôt fixes, souligne Mathieu. Personnellement, je trouve que ça brise la routine d’avoir des horaires diversifiés. D’ailleurs, la plupart des emplois de technicien sont saisonniers ou à contrat, sauf peut-être au gouvernement. De mon côté, j’arrive à travailler un minimum de 8 à 10 mois par année. »
« Côté horaire, je n’ai pas à me plaindre. Je passe environ 40 % de mon temps au bureau, pour faire des contacts avec les propriétaires, de la gestion et pour monter des projets. Le reste de mon temps de travail est consacré au terrain, pour des consultations ou des projets d’aménagement chez des propriétaires. Je travaille régulièrement en forêt ou encore sur les lits des rivières pour ce qui concerne la tortue des bois. Côté température, je suis chanceux. Je suis autonome et je gère mon horaire de manière à rencontrer les propriétaires lorsqu’il fait beau. » Il arrive aussi qu’un technicien travaille en laboratoire ou qu’il ait à faire de longs déplacements et doive s’absenter pour plusieurs jours. « C’est le cas de mes amis qui vont travailler dans le Nord, mais moi, je reviens tous les soirs à la maison », renchérit Mathieu, content de pouvoir demeurer près de sa famille.
Rémunération
Le salaire du technicien varie d’un milieu de travail à l’autre et en fonction de l’expérience cumulée. « Côté salaire, il y a une bonne différence entre le privé et les gouvernements ». Selon Mathieu, c’est généralement dans les gouvernements qu’on trouve les meilleurs salaires à l’heure actuelle. « En moyenne, le salaire d’un technicien de la faune et de la flore varie entre 15 $ et 20 $ l’heure, commente-t-il. Par contre, dans les pourvoiries, où l’homme à tout faire est là toute l’année, tu ne peux pas le payer 20 $ l’heure, sinon tu n’arriveras pas, concède-t-il. Personnellement, je touche un salaire fixe et mes heures supplémentaires sont cumulées. »
« On remarque aussi que les conditions de travail des techniciens s’améliorent d’année en année et, dans le secteur privé, c’est de mieux en mieux, ça s’organise. Travailler 14 heures et être payé pour 12, avant c’était presque la règle; maintenant, ça devient l’exception », ajoute-t-il. Étant donné la saisonnalité du métier, il n’est pas rare qu’un technicien ait recours aux primes de l’Assurance-emploi pendant la saison morte. « J’avoue que cette année, c’est la première fois que je vais faire du chômage », constate Mathieu.
Défis et perspectives
« Pour les techniciens, il y a beaucoup de possibilités d’avancement : c’est le bon vouloir, la passion et les compétences qui vont faire la différence. » Le chemin parcouru par Mathieu au cours des dernières années témoigne de possibilités très intéressantes. « Lors de mon premier contrat, je devais évaluer le potentiel pour la chasse et identifier les zones prioritaires pour la conservation chez un grand propriétaire privé. Ça m’a amené à la tortue des bois. On a fait un sondage et on s’est rendu compte qu’environ 64 % des 250 propriétaires étaient prêts à investir dans des aménagements fauniques et c’est ce qui a mené à la création de l’emploi que j’ai aujourd’hui. »
De plus, « les préoccupations environnementales prennent de plus en plus de place, on parle de modes de gestion qui nous amènent à tenir compte de la flore et de la faune conjointement avec la matière ligneuse, poursuit-il. J’ai travaillé en conservation et je sais que c’est important, mais la protection, ça peut faire peur à beaucoup de gens, ce n’est pas une avenue qui répond à tout le monde. Je pense qu’on va s’en aller davantage vers des modes de gestion de la forêt qui vont dans le sens du développement durable. De plus en plus, les mentalités évoluent, le défi de convaincre est moins là. On fait surtout face au défi de s’organiser et de savoir comment présenter les faits pour convaincre les gens de nous écouter en apportant une solution adaptée à leurs besoins et à ceux de la faune. »
Conseils
Mathieu souligne finalement que la formation et le cheminement qui mènent au métier de technicien de la faune et de la flore sont exigeants. « Il y a beaucoup de matière, de matériel et de connaissances à assimiler, mais j’encourage à “100 miles à l’heure” les gens qui ont une grande affinité avec les sciences naturelles et la faune à aller vers le métier de technicien de la faune et de la flore. Avec les perspectives d’emploi qui s’améliorent d’année en année, ça serait triste de passer à côté de ça! », conclut-il, l’air satisfait du choix qu’il a fait il y a quelques années.
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