
Jean-Noël Goupil, affûteur
Jean-Noël Goupil est affûteur de scies rondes chez Bois Daaquam. Fendant une planche toutes les 3 secondes, les scies aux formes et utilités variées sont essentielles à la transformation du bois. Assurant leur entretien et les réparant au besoin, l’affûteur accomplit un travail de précision. Dans son atelier, à l’écart du vacarme de l’usine, il dispose de tous les outils utiles au tensionnage, au débosselage et au soudage des scies qu’il entretient et répare chaque jour. D’un simple regard, Jean-Noël, attentif, remonte dans le passé. En observant les scies endommagées, il peut déduire ce qui a failli sur la production et quel geste il pourra faire pour que le problème soit corrigé.

Poste : |
Affûteur |
Employeur : |
Bois Daaquam |
Localisation: |
Saint-Just-de-Bretenières (Chaudière-Appalaches) |
Fonctions : |
Procéder au changement et à l’entretien des scies rondes et des scies à ruban : tensionnage, débosselage, etc.; veiller au bon fonctionnement et à l’entretien de la machinerie. |

« L’affûtage est un métier que j’ai appris pour améliorer mon sort. On disait toujours que l’affûteur était bien payé, mais outre le salaire, c’est un métier où j’apprends chaque jour »
Champs d’intérêt
« Je suis affûteur, c’est un métier que j’apprécie. Dans la région on dit “limeur”, mais le mot approprié, c’est affûteur. C’est un métier que j’ai appris pour améliorer mon sort. On disait toujours que l’affûteur était bien payé, mais outre le salaire, c’est un métier où j’apprends chaque jour. C’est assez exigeant, un défi de tous les jours pour quelqu’un qui aime le travail de précision. » En effet, c e métier implique un travail manuel qui demande de la minutie. « Il faut toujours être prêt à performer, on fait 25 à 30 scies rondes par jour. Heureusement, on est bien équipé. » Par contre, c’est un travail qui peut devenir stressant. « Quand on travaille bien, les patrons sont contents, mais il peut toujours arriver des “bad lucks”, comme une bille qui reste coincée dans la machine. Dans ce temps-là, la scie mange un coup et il en rentre 11 dans la machine, alors le travail s’accumule rapidement. »
Qualités recherchées
Selon Jean-Noël, un bon affûteur doit être à l’écoute de ses scies. Leur aspect visuel et le bruit qu’elles font lorsqu’elles coupent les billots de bois sont des indices qui lui permettent de bien accomplir son travail. « Pour commencer dans ce métier, il faut que tu sois motivé parce qu’au début, t’as pas toujours d’aide. Personnellement, lorsque j’ai commencé, j’ai eu la chance de compter sur l’appui d’un autre affûteur. À l’école, tu apprends la base, tu apprends à souder, à utiliser différents appareils et à connaître les scies, mais c’est pas tout à fait la réalité. En entreprise, t’as pas le choix de régler les problèmes auxquels tu fais face. Donc, quand le moulin va bien, l’affûteur va habituellement bien aussi. On est un peu dépendant du travail des autres, si le bois a un défaut et qu’un opérateur ne l’a pas vu, ça peut nous apporter une surcharge de travail. Mais c’est quand même rare que ça arrive. »
« C’est un travail qui se fait à part de la production, en solitaire, pas avec une gang. Il faut être autonome et responsable. On est généralement deux pour réparer l’ensemble des scies pour les quarts de jour et de nuit. C’est pas un métier salaud, mais il ne faut pas que tu aies peur. Quand on intervient dans la machine, c’est sûr qu’il y a un certain danger. Il ne faut pas prendre de risque, c’est ta sécurité à toi. C’est important de couper l’alimentation de la machine. Ça demande aussi un peu de force physique, pour transporter, tensionner et débosser les scies, mais pas de là à dire que quelqu’un ne serait pas capable de faire le travail. J’ai aussi connu une femme qui pratiquait ce métier-là, elle était venue faire un stage à Daaquam. »
Formation
« J’ai fait mon cours en affûtage en 1995. Je travaillais à Daaquam depuis 1980. J’avais des problèmes à un poignet, je faisais beaucoup de tendinites et j’avais décidé d’aller finir mon secondaire. Je trouvais ça dur de travailler les jours et d’aller à l’école en soirée. Un soir j’ai eu une idée. Je suis allé suivre le cours d’affûteur avec mon frère, on l’a suivi ensemble. C’est comme ça que je suis devenu “limeur” chez Bois Daaquam. J’ai payé moi-même ma formation, un cours de 900 heures. » Pour devenir affûteur, il est fortement suggéré de suivre le programme de formation professionnelle en affûtage. « Il y a beaucoup de choses à apprendre. »
« Tout ce que j’ai appris à l’école me sert pour le bon fonctionnement de la scie. Il y a toutes sortes de petites choses qui doivent être faites d’une certaine manière et des techniques que tu peux utiliser si tu veux pas travailler des heures et des heures sur une scie en torsion. Les affûteurs disent que la scie parle. En observant une scie, un bon affûteur peut dire si un scieur a donné un coup, s’il a fait quelque chose de pas correct. Il y en a beaucoup qui abandonnent parce que c’est un métier qui n’est pas facile. Quand j’ai commencé le cours, on était 12 et seulement 4 ou 5 personnes l’ont terminé. Si un nouvel affûteur n’a pas la chance d’avoir un coup de main au début, un coup de main d’un bon affûteur qui peut l’encourager, ça rend le travail beaucoup plus difficile. C’est important d’être bien appuyé », souligne Jean-Noël.
Horaire et milieu de travail
L’horaire d’un affûteur qui travaille en usine varie en fonction des horaires de production et du travail à accomplir. « La majorité du temps, je travaille la semaine, du lundi matin au vendredi midi pour un total d’environ 44 heures par semaine. Je me lève à 5 h du matin pour être à l’usine vers 6 h. J’interviens sur deux machines pour que la production puisse partir du bon pied. Des fois, il m’arrive aussi de rentrer à l’usine la fin de semaine pour réparer des machines, mais en général, l’affûteur laisse le travail le vendredi pour le reprendre le lundi matin. J’ai à peu près les mêmes horaires d’une semaine à l’autre, c’est plus facile ainsi d’avoir une famille. »
« Je travaille dans un atelier situé à l’intérieur de l’usine. Même si nos instruments font un peu de bruit, on ferme les portes pour réduire le vacarme provenant de la chaîne de production. C’est pour la concentration. On a une petite radio, on est bien. Sur la production, de la musique, tu peux pas en avoir. Il faut aussi que l’endroit soit sécuritaire et à l'abri de la poussière comme de tout autre élément qui pourrait endommager nos équipements. On travaille toujours en équipe de deux, mais ça demeure un travail très autonome effectué avec un minimum de supervision. »
Rémunération
Le salaire annuel d’un affûteur peut varier d’une usine à l’autre, selon l’expérience et le classement du travailleur. « Pour améliorer sa rémunération, l’affûteur peut aller chercher différentes classes de compétence : A, B, C ou D. Certains salaires peuvent atteindre 50 000 $ par année, mais ça varie généralement plus autour de 40 000 $ à 42 000 $ par année. Le mode de rémunération varie probablement d’une usine à l’autre, mais à Daaquam, je reçois un salaire fixe. Quant à l’équipement, il n’y a aucune dépense à faire, tout est fourni par l’usine », indique Jean-Noël.
Défis et perspectives
« Le grand défi de l’affûteur, c’est d’être performant et constant. » Les tâches varient aussi d’un endroit à l’autre. « Le métier d’affûteur peut aller loin. En plus de s’occuper de l’entretien des scies, il faut parfois que tu fasses l’alignement de toutes les machines et que tu fasses en sorte que la scie fonctionne droit. Ici, ce n’est pas vraiment notre rôle, parce qu’il y a des gars qui sont affectés à ça. Dans certaines grosses usines, il peut aussi y avoir un maître affûteur. » Ceux qui vont passer d’un emploi dans le secteur du bois mou à celui du bois dur, ou l’inverse, devront également s’ajuster à l’équipement qui n’est pas toujours le même. « Quand on parle de perspective d’emploi, c’est certain que l’affûteur est toujours “en demande”, mais ça dépend où tu veux travailler. C’est comme pour un policier, si tu veux une “job”, ça veut pas dire que tu vas l’avoir dans ta région. »
Conseils
« L’affûtage, c’est un bon métier, mais il faut pas avoir peur de travailler fort pour s’y sentir bien », soutient Jean-Noël. « Ce métier-là, je le pensais pas aussi difficile. Ça prend un bon jugement. Tu peux être capable de tout comprendre ce que tu peux faire, mais si tu fais pas la bonne affaire au bon moment, ça peut t’apporter encore plus de travail. Il faut savoir bien s’entourer. Aujourd’hui, je connais d’autres affûteurs. On peut échanger sur ce qu’on a essayé. C’est plus facile comme ça », lance Jean-Noël, content de pratiquer son métier.
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