Sébastien Fillion

 

Michel Gilbert, classificateur

Immobile sur sa chaise, Michel Gilbert n’en demeure pas moins un homme d’action. Il manipule une série de boutons sur sa console, classant de 40 à 75 planches à la minute en fonction des normes de qualité en vigueur dans l’industrie canadienne du bois. En donnant une cote à chacun des madriers de bois qui défile devant lui, il détermine la valeur à accorder au produit qui sera mis en vente par la scierie. Michel pratique un métier technique qui demande qu’on soit attentif à tout instant afin de différencier les essences et de déceler les différents défauts et qualités du bois.

Poste :
Classificateur de bois mou
Employeur :
Bois Daaquam
Localisation:
Saint-Just-de-Bretenières (Chaudière-Appalaches)
Fonctions  :
Exercer un classement des bois débités en fonction de leur qualité et des normes dans l’industrie canadienne de la transformation du bois; déceler rapidement les essences, la grosseur des nœuds, les trous, les fissures, les signes de pourriture ainsi que les autres défauts; être capable d’accorder le grade de classement approprié à la pièce en question.

« Tout est dans le visuel. Il faut être bon observateur et savoir prendre des décisions rapidement. »

 

Champs d’intérêt
« Mon père a été classificateur pendant plusieurs années et je connaissais déjà le métier. Personnellement, ce sont les circonstances qui m’ont amené à pratiquer la classification du bois résineux : on m’a offert de suivre la formation et j’ai accepté. Ça fait maintenant douze ans que j’occupe mon poste. Le salaire est plus élevé et j’ai de meilleures conditions de travail que sur le plancher, confie Michel, qui a débuté comme journalier. Mon emploi est aussi moins physique qu’avant. C’est devenu moins manuel avec le temps et, ici, tout a été automatisé il y a quatre ans. » Par contre, certains classificateurs, surtout dans le classement du bois de feuillus, font encore un métier très manuel.

Michel apprécie le travail en usine et les relations avec ses confrères de travail. « La production, c’est un travail d’équipe. Le classificateur, c’est celui qui détermine la valeur des produits qui ont été transformés. Mon travail consiste à déterminer la qualité du bois par rapport à la pièce que j’ai devant moi. Il faut être attentif et rapide étant donné qu’on peut classer de 40 à 75 pièces de bois à la minute. C’est un travail qui se fait à l’intérieur de l’usine et puisqu’on détermine la valeur des produits transformés, on se situe au bout de la chaîne de production. »

Qualités recherchées
Pour être classificateur, il faut avoir le souci de la qualité. « Il faut être précis, autonome, responsable et constant. On est très surveillé, il faut respecter les normes. Des inspecteurs passent à l’usine tous les mois pour s’assurer que la qualité produite est la même à la grandeur du pays. La pièce nº 2 transformée en Colombie-Britannique doit avoir la même qualité qu’au Québec. Le travail de classification en tant que tel est assez solitaire. Tout est dans le visuel. Il faut être bon observateur et savoir prendre des décisions rapidement. On regarde le bois passer toute la journée et on cherche à voir des signes caractéristiques comme les nœuds, la courbure et la pourriture et on indique le classement avec la console. Lorsqu’on observe des défauts récurrents sur le bois, c’est important d’en parler au contremaître du planeur pour qu’il puisse rectifier le tir et faire les ajustements nécessaires sur la machine. Il existe aussi certains postes de classification beaucoup plus manuels, surtout dans le classement du bois de feuillus, et qui demandent qu’on soit en bonne forme physique. »

Formation
C’est l’usine qui a ramené Michel sur les bancs d’école et non l’inverse. « Quand j’ai fait ma formation en classement des bois résineux, je travaillais à la production chez Bois Daaquam. On m’a offert de faire le cours et j’ai accepté. Cette formation de 15 jours m’a apporté des compétences techniques sans lesquelles je n’aurais jamais pu pratiquer mon métier. Un cours en classement comme celui que j’ai suivi est une option intéressante pour quelqu’un qui travaille déjà en usine. » Par contre, la formation professionnelle en classement des bois débités permet une plus grande polyvalence du travailleur, qui sait classer une grande gamme d’essences. Cette formation mène à l’obtention de cartes de compétence pour le classement des bois résineux et feuillus. « Les cartes de compétence, qu’on renouvelle tous les deux ans, sont obligatoires pour travailler comme classificateur, que ce soit dans le résineux ou dans le feuillu », complète Michel.

Horaire et milieu de travail
Le classificateur de bois travaille généralement 40 heures par semaine, surtout de jour. « Ici, à Bois Daaquam, je suis sur la production “de 7 à 5”. On travaille 9 heures par jour et on a une pause d’une heure le midi. Il y a aussi un quart de soir. De jour, notre horaire s’étend sur quatre jours et demi pour un total de 41 heures par semaine. C’est un horaire fixe, qui ne change pas. L’horaire est intéressant, tout comme l’environnement de travail. On est assis, mais on est bien assis. On n’a pas à se plaindre », lance Michel, content d’avoir suivi la formation qui lui a permis d’occuper un poste aux conditions de travail avantageuses.

Rémunération
Le salaire d’un classificateur de bois débités peut varier en fonction de l’entreprise pour laquelle il travaille. Les salaires peuvent également différer entre les secteurs du résineux et du feuillu, la classification du bois de feuillus exigeant généralement des compétences techniques plus poussées. « Le revenu moyen d’un classificateur expérimenté dans le bois mou doit tourner autour de 42 000 $. » Cependant, on peut s’attendre à débuter à un salaire plus bas. Dans certaines entreprises, des primes peuvent également s’ajouter à ce salaire en fonction du rendement de la production.

Défis et perspectives
« Un défi auquel un classeur peut être confronté, c’est de passer d’un emploi dans le sciage de bois mou vers un emploi dans le sciage de bois dur. Les normes sont complètement différentes. Dans le classement du bois de feuillus, les normes sont plus nombreuses et plus complexes. Il y a aussi plus d’essences d’arbres dans le feuillu. C’est un autre monde. Personnellement, il faudrait que je suive une nouvelle formation. Pour un jeune, ça peut donc être avantageux d’avoir fait une formation plus polyvalente, soutient Michel.

Maintenant, si on parle de développement, on est présentement à la fine pointe de la technologie ici à Daaquam. Au début, on avait appris à classifier manuellement, mais maintenant, tout a été automatisé. J’ai l’impression qu’on risque de ne voir que peu de changement dans les prochaines années, étant donné que les normes sont aussi assez fixes », commente-t-il.

Conseils
« Avant de suivre un cours, ça vaut la peine d’aller voir comment se déroule le travail en usine. C’est important de savoir si on aime y travailler. La production, ça demande de travailler en équipe. » Même si le travail du classificateur est assez solitaire, la qualité du bois débité dépend beaucoup du travail des opérateurs travaillant sur la chaîne de production. « Ça vaut aussi la peine d’aller chercher un peu d’expérience avant d’aller faire la formation, de travailler sur une machine comme le planeur, la machine qui fait le rabotage du bois. Ça donne une meilleure vision de la série d’opérations qui mène au classement du bois », conclut Michel.

 

 

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