
Jean-Pierre Audibert, ébéniste
Débarqué de France en terre d’Amérique en 1963, Jean-Pierre Audibert, menuisier de finition, a su laisser sa marque. Après avoir terminé sa formation dans les Alpes, il accomplit son service militaire et immigre ensuite au pays des grands espaces. À Québec, il travaille avec des ébénistes-sculpteurs de haut calibre, au service de familles qui ont marqué l’histoire récente du Québec. Plus tard, c’est dans l’atelier de son employeur, M. Robichaud, que la Commission scolaire régionale Chauveau ira le dénicher afin qu’il transmette sa passion aux nouvelles générations. Travaillant aujourd’hui comme formateur en ébénisterie pour le Cégep Limoilou, on sent que ses nombreuses années d’enseignement n’ont fait que nourrir davantage son goût du beau et du travail bien fait.

Poste : |
Ébéniste, menuisier de finition spécialisé en sièges et formateur en métiers d’arts |
Employeur : |
Cégep de Limoilou |
Localisation: |
Québec (Capitale-Nationale) |
Fonctions : |
En tant qu’ébéniste : rendre un meuble de très grande qualité en fonction d’une commande précise et effectuer des recouvrements avec différents matériaux, dont le bois. En tant que professeur en ébénisterie : donner une formation de base aux étudiants de première année et une formation spécialisée aux étudiants de deuxième et troisième année. |

« On devient capable de créer quelque chose de hors du commun, qui va rendre nos clients satisfaits, voire même envieux. »
Champs d’intérêt
L’arrivée de Jean-Pierre au Québec n’a pas été de tout repos, mais ses efforts ont porté fruit. À son arrivée à Montréal, la recherche d’emploi ne sera pas aussi simple que prévu. « Nous n’étions pas aussi bienvenus que ce que les agents d’immigration nous laissaient entendre à Marseille, en France. Il a fallu que je m’encre en moi-même. J’ai d’abord travaillé chez Imperial OverDoor, où on élaborait les prototypes des portes de garage que l’on connaît aujourd’hui. » Mais un passage à Québec le séduit et il s’y installe illico. « Mon premier patron à Québec était ébéniste sculpteur de 7e génération. On faisait beaucoup de meubles d’époque pour les grandes familles de la région de Québec, comme les Taschereau et les Pratte. J’ai aussi travaillé pour monsieur Jean Lesage, qui était alors premier ministre. Ce sont des souvenirs qu’on ne peut pas oublier, souligne-t-il, rêveur. J’ai également travaillé pour Mobilier du Québec et Robichaud, après quoi je suis devenu formateur et j’ai fondé ma propre entreprise, Meubles et boiseries JPA inc. »
« Ce que je préfère dans le métier d’ébéniste, c’est le contact avec les clients et tout ce qui demande un défi. C’est quelque chose de vraiment magique. Dernièrement, j’ai fini un contrat : un escalier que j’ai réalisé tout seul avec toutes les composantes cintrées. C’est toute une fierté! L’ébéniste travaille souvent seul, mais s’associe généralement des personnes d’expérience parce qu’il peut rarement tout faire tout seul. Un autre aspect intéressant du métier, c’est qu’on devient capable de créer quelque chose de hors du commun, qui va rendre nos clients satisfaits, voire même envieux. » Par contre, Jean-Pierre souligne qu’il n’est pas toujours facile de trouver des essences feuillues provenant du Québec afin de réaliser meubles et boiseries. « Je connais quelques endroits où des propriétaires se sont forcés pour faire de la plantation de feuillus, mais il n’y a pas assez de développement de ce côté-là », explique-t-il.
Qualités recherchées
« La qualité première de l’ébéniste, c’est la patience. Suivent le goût du beau et du bien fait. On ne fait pas ça pour se débarrasser, mais bien pour créer quelque chose qui va rester le plus longtemps possible. Ça prend aussi beaucoup de dextérité et une certaine gestuelle manuelle. Même si l’informatique est de plus en plus présente dans le domaine, le dessin à la main reste un incontournable. La plupart des clients sont visuels et comme ils sont souvent novices dans le domaine, ils veulent avoir une idée de ce que va représenter leur demande. Le dessin à main levée permet d’exprimer une idée. Ça demande une bonne vision en trois dimensions. Il faut avoir l’esprit analytique : voir le meuble fini dans sa tête, voir la conception étape par étape et penser au fini et à l’articulation des composantes. C’est l’expérience qui donne la finalité à tout ça. »
« Pour devenir ébéniste, il faut être très ouvert à la critique. Quand le client recherche quelque chose, il veut l’avoir du premier coup. S’il n’aime pas une idée, il faut savoir s’ajuster, surtout avec des clients un peu moins enclins au laisser-aller. La réalisation d’un projet demande aussi une certaine dose d’ingéniosité pour pallier un manque de ressources matérielles et techniques : développer des outils, des formes et des gabarits. » Par ailleurs, le travail d’ébéniste ne demande pas une force herculéenne. « C’est un métier moyennement physique. Ça demande une certaine force pour manœuvrer les matériaux, mais il y a de plus en plus de représentantes de la gent féminine dans nos cours. Elles développent des façons intéressantes de travailler ne demandant pas une très grande force »
Formation
« J’ai fait mes premières expériences en menuiserie durant les vacances, à l’âge de 12 ou 13 ans. Une fois mon certificat d’études terminé, j’ai évolué vers un centre d’apprentissage dans les Alpes, à Digne. On faisait des portes, des fenêtres et des boiseries. J’ai ensuite obtenu un certificat d’aptitude professionnelle, l’équivalent français d’un DEP. La formation donne une expérience de base. On va y chercher l’analyse de cas, de problèmes ou d’éventuelles problématiques. On y développe une bonne méthode de réflexion pour apprendre à se poser les bonnes questions au bon moment : où, quand, comment, pourquoi et combien. C’est prioritaire de faire une bonne analyse avant de commencer un nouveau projet. Le côté technique et la dextérité viennent avec le processus d’analyse et l’expérience qu’on développe. Encore l’année dernière, j’ai appris une nouvelle technique de tournage du bois que je n’avais jamais espéré pouvoir expérimenter un jour. C’est un apprentissage sans fin. »
« Quelqu’un qui veut s’orienter vers l’ébénisterie peut faire soit un diplôme d’études professionnelles (DEP) en ébénisterie ou un diplôme d’études collégiales (DEC) en techniques de métiers d’art, option ébénisterie artisanale. » Il existe aussi un programme appelé technique du meuble et d’ébénisterie. « Le choix dépend du niveau que l’étudiant veut avoir concernant l’expertise d’un produit. Si c’est la vision purement créatrice qui est recherchée, c’est le DEC qui conviendra le mieux. On y inculque davantage le souci de la créativité. Par contre, pour une personne qui sort du secondaire et qui veut une formation pour aller travailler en industrie, le choix du DEP est suffisant et mène vers un travail plus répétitif et régulier. Mais rien n’empêche quelqu’un de faire un DEP et de poursuivre ensuite ses études au collégial s’il désire explorer d’autres aspects de la profession. »
Horaire et milieu de travail
L’ébéniste travaille en moyenne 40 heures par semaine, avec une possibilité d’heures supplémentaires à l’occasion, selon les commandes. « En usine, on peut s’attendre à des horaires relativement réguliers. Par contre, l’ébéniste qui travaille à son compte est maître de ses horaires, ça dépend donc de la personne. Lorsque j’avais mon entreprise, mes associés travaillaient en semaine. Ils progressaient d’une manière différente de moi qui pouvais travailler de cinq à sept jours de suite pour honorer un contrat. C’est moi qui étais le patron, et il fallait que le travail soit fait », souligne Jean-Pierre.
La transformation du bois en meuble s’effectue à l’intérieur, dans des endroits souvent bruyants et poussiéreux. Le travail est principalement réalisé dans des ateliers d’usinage et d’assemblage. « Certains ébénistes vont aussi travailler dans le domaine commercial pour faire de la rénovation et des aménagements commerciaux. » Les artisans ébénistes peuvent louer un local ou aménager leur propre atelier. « Un bon atelier doit être organisé, chaque chose bien disposée au bon endroit. Un plan de roulement fluide permet d’éviter le va-et-vient et les accidents qui peuvent résulter d’une mauvaise habitude. Depuis que j’ai fermé mon entreprise, je me suis organisé un espace de travail dans un cabanon. Je n’ai pas toutes les machines qu’on peut avoir dans un milieu de formation, mais j’use de ma créativité lorsque nécessaire. »
Rémunération
Selon les données d’Emploi-Québec, le revenu annuel moyen d’un ébéniste était de 24 000 $ en 2000. Toutefois, une étude récente de l’Institut économique de Montréal effectuée dans la même région souligne que le salaire annuel moyen d’un ébéniste y était d’environ 35 000 $[1] par année (ERI, 2006 et Technocompétences, 2005). Le salaire de l’ébéniste est donc appelé à varier en fonction de plusieurs facteurs comme l’expérience, le type de travail qu’il accomplit, la complexité de sa tâche, l’employeur pour lequel il travaille et surtout la région où il exerce. « Le salaire horaire de l’ébéniste actuellement sur le marché est de 12 $ pour un débutant et de 18 $ à 22 $ pour un ouvrier d’expérience. Ce n’est pas ce que ça devrait être, loin de là! Ça devrait être mieux payé et plus reconnu. L’ébéniste peut aussi travailler à son compte. Il doit alors être un bon gestionnaire, savoir planifier et être très organisé », explique Jean-Pierre, qui a géré sa propre entreprise durant de nombreuses années.
Défis et perspectives
« Aujourd’hui, le marché du meuble est fortement orienté sur la production en série et l’augmentation de la productivité. Il est donc possible qu’on assiste encore à des changements technologiques. En parallèle, il y a tout de même une tendance vers l’utilisation de nouveaux matériaux composites et un retour vers le bois naturel. Le travail de l’ébéniste a donc tendance à revenir un peu vers ses origines. Par contre, le retour vers la création va dépendre de la demande. Il faut continuer à faire connaître le travail de l’ébéniste, lui redonner ses lettres de noblesse en faisant des expositions et des portes ouvertes », suggère Jean-Pierre, certain qu’il y a toujours une place pour les artisans-ébénistes dans le monde du travail d’aujourd’hui. « Il faut savoir prendre sa place », souligne-t-il, réaliste.
Conseils
Avis aux futurs ébénistes : Jean-Pierre Audibert leur suggère d’avoir en tête des objectifs précis quant au type de travail qu’ils veulent effectuer à la suite de leurs études. « Pour bien se préparer pour l’avenir, il faut se monter un bon porte-folio, faire une bonne analyse du marché de l’emploi et développer ses contacts en conséquence. Il faut oser relever des défis et ne pas avoir peur de s’impliquer dans des situations parfois difficiles. Ça permet de développer la persévérance et d’apprendre à composer avec les imprévus. Le métier d’ébéniste demande beaucoup de débrouillardise. Il faut qu’on soit capable de se retourner rapidement pour répondre aux exigences de nos clients », conclut Jean-Pierre, pour qui la satisfaction de la clientèle passe avant tout.
Retour aux métiers

[1] http://www.lavaltechnopole.com/download/files/14_cout_main_d_oeuvre.pdf

|