Christian Dionne, ingénieur forestier spécialisé en sciences du bois

Navigant à travers les méandres du libre marché, Christian Dionne est un capitaine de bateau hors de l’ordinaire. Opérant sur la terre ferme, il gère et supervise l’ensemble des activités de production de l’usine de sciage Bois Daaquam. Son équipage est composé de travailleurs chevronnés et de techniciens spécialisés qui mettent tout en oeuvre pour produire du bois de sciage de haute qualité dans les meilleurs délais possibles. Diplômé du programme de sciences du bois de l’Université Laval il y a neuf ans, Christian réalise aujourd’hui son rêve. À 32 ans, il occupe le poste de surintendant au sciage.

Poste :
Surintendant au sciage
Employeur :
Bois Daaquam
Localisation:
Saint-Just-de-Bretenières (Chaudière-Appalaches)
Fonctions  :
Assure l’ensemble des fonctions de direction en matière de gestion du personnel, de conflit de travail, d’horaires de travail, de dossiers de SST, de production, d’entretien mécanique et de contrôle de la qualité; mène des activités de recherche visant l’amélioration des procédés; accomplit des tâches administratives liées à la gestion de l’usine de sciage.

« Je suis un peu comme le capitaine du bateau. Pour une entreprise comme la nôtre, c’est important d’avoir une direction pour savoir où on s’en va. »

 

Champs d’intérêt
« Je fais ce que j’avais décidé de faire en terminant mes études. C’est difficile de demander mieux. On a une jeune équipe de direction ici à Daaquam, tout le monde est prêt à relever des défis. C’est une ambiance de travail stimulante. En tant qu’ingénieur du bois travaillant au poste de surintendant au sciage, ma tâche consiste à contribuer au développement de l’entreprise. Je suis un peu comme le capitaine du bateau. Pour une entreprise comme la nôtre, c’est important d’avoir une direction pour savoir où on s’en va. Plus spécifiquement, je travaille à l’amélioration du procédé et à la gestion du personnel et des opérations. Il m’arrive aussi de participer aux ventes et à la mise en marché d’un nouveau produit. »

Qualités recherchées
« Ça fait maintenant deux ans que je travaille à un poste de gestion chez Bois Daaquam. C’est certain que les avantages salariaux sont intéressants, mais mon poste demande aussi un grand sens des responsabilités. Il faut être discipliné et rigoureux. Tu es dans un poste de décision. Tu ne peux pas regarder en arrière, il n’y a personne pour faire ta “job”. Quand j’ai terminé mon cours, je ne m’attendais pas à faire certaines choses que je fais parfois ici, comme travailler les deux mains dans les boîtiers d’ordinateurs à remplacer des cartes électroniques pour les optimiseurs, s’exclame Christian, amusé. On vit tout de même de très belles relations de travail dans l’usine. Tout le monde participe. On est capable d’embarquer les gars dans le changement. C’est important dans une période où la survie de l’usine repose sur sa rentabilité. »

« Je suis souvent appelé à m’occuper de la gestion du personnel et des dossiers de santé-sécurité. C’est un travail qui peut être stressant. Ça demande beaucoup de maîtrise de soi pour pouvoir bien gérer des problèmes avec les employés. Il faut savoir gérer “en bon père de famille” et être à l’écoute des autres. La curiosité scientifique est aussi importante au niveau technique. Certains ingénieurs vont effectuer un travail de recherche. Ici à la scierie, je supervise des projets qui visent l’amélioration des procédés, mais c’est beau d’avoir des projets de recherche, il faut qu’ils soient adaptés aux besoins de l’entreprise et qu’ils soient rentables. C’est pour cette raison qu’il faut avoir une vision globale des activités de l’usine. »

Formation
Très satisfait du chemin qu’il a parcouru depuis la fin de ses études, Christian n’a pas toujours su qu’il serait aux commandes d’une équipe de production. « Je voulais devenir vétérinaire, mais je me suis rendu compte que les conditions d’admission étaient assez élevées. J’ai donc choisi de me diriger vers le domaine forestier. » Pour pratiquer le métier d’ingénieur du bois, il est nécessaire de suivre le programme coopératif de premier cycle universitaire en génie du bois. « Quand j’ai suivi mon cours, la première année au baccalauréat en sciences du bois était un tronc commun. Le diplôme a changé de nom et de structure depuis et il donne maintenant accès à l'Ordre des ingénieurs du Québec en plus de l'Ordre des ingénieurs forestiers du Québec. Mon premier stage comme contrôleur de qualité chez Maibec à Saint-Pamphile, une usine de sciage qui produit aussi du bardeau de cèdre, m’a permis de confirmer mon choix de devenir ingénieur spécialisé en sciences du bois. »

Les diplômés en génie du bois deviennent des spécialistes de la fibre de bois et peuvent travailler autant dans le domaine de la recherche que dans l’industrie. « Pour le poste que j’occupe présentement, environ 50 % à 60 % de la formation m’est utile. J’ai l’avantage d’avoir les connaissances théoriques pour prendre des décisions plus éclairées. Une personne très débrouillarde pourrait aussi occuper le même poste. Ça existe. Par contre, on ne devient pas surintendant au sciage du jour au lendemain. C’est un travail qui nécessite un minimum de cinq ans d’expérience. Pour aller vers un poste de gestion, ça prend aussi des bases en administration. Depuis que j’ai fini mon bac, mon objectif était de devenir directeur d’usine, mais j’avais des étapes à franchir avant d’y arriver. J’ai notamment fait un certificat en administration. J’ai aussi travaillé pendant deux ans comme contrôleur de la qualité et quatre autres années à un poste de supervision de la qualité avec une petite équipe à superviser. »

Horaire et milieu de travail
« Je travaille une cinquantaine d’heures par semaine, les journées sont parfois longues et je ne termine pas toujours à 17 h. J’aime bien travailler de soir; c’est plus calme, il y a moins de dérangements et ça permet d’exercer une supervision sur les opérations de nuit. D’autres pourraient également le faire tôt le matin. La nuit, le surintendant au sciage ne travaille pas, c’est le contremaître de production qui prend le relais. Durant la semaine, j’habite à proximité de l’usine et je rentre à la maison la fin de semaine, dans une autre ville où habite aussi mon épouse. Ce n’est pas rare que j’arrive chez moi à 18 h le vendredi. Il m’arrive aussi de faire un quart de fin de semaine de temps à autre et j’ai droit à trois semaines de vacances par année. »

En tant que surintendant au sciage, Christian a une tâche très diversifiée. « La gestion du personnel occupe 50 % de mon temps alors que j’en accorde 25 % aux questions techniques et 25 % à la gestion de la production. Je fais du travail de bureau et j’assiste souvent à des rencontres. Ma tâche demande aussi que je passe au minimum 30 % à 40 % de mon temps dans l’usine. C’est un milieu de travail agréable. C’est un peu comme la mentalité d’une chambre de hockey. On est une gang de 170 gars ensemble, on travaille fort, mais on s’agace et on se taquine régulièrement. Malheureusement, il n’y a pratiquement pas de femmes qui travaillent dans les usines. Nous avons quand même déjà reçu une stagiaire en génie du bois, et ça a été une très bonne expérience. »

Rémunération
La rémunération de l’ingénieur du bois varie en fonction du poste occupé. « Le diplômé en génie du bois qui travaille principalement comme ingénieur de procédé peut gagner entre 50 000 $ et 60 000 $ par année, tout comme celui qui effectue un travail de contrôleur de qualité. Un ingénieur du bois expérimenté peut aussi obtenir un poste de cadre comme celui de directeur d’usine. Les salaires vont alors varier entre 50 000 $ et 100 000 $ par année. Mon employeur paie ma cotisation à mon ordre professionnel et mon kilométrage m’est remboursé lorsque je me sers de mon véhicule personnel dans le cadre de mon travail. Dans certaines entreprises, les employés occupant des postes de haute direction ont droit à des avantages, une voiture fournie ou encore la possibilité d’avoir un bonus de production en fonction du rendement, par exemple. »

Défis et perspectives
Le défi de l’avenir dans l’industrie de la transformation du bois repose grandement sur le renouvellement de la main-d’œuvre. « Ici à Daaquam, la moyenne d’âge des employés est de 50 ans, près de 50 employés sur 160 prendront bientôt leur retraite. D’ici 5 à 10 ans, donc aux environs de 2012, il y aura beaucoup de postes à combler avec des possibilités d’avancement rapide. Dans les dix dernières années, il y a déjà eu de gros changements du côté de la main-d’œuvre. Elle est de moins en moins manuelle, de plus en plus technique, et ça va continuer dans le même sens. L’ingénieur peut s’impliquer dans ce type de changement. En Colombie-Britannique, on s’en vient avec un seul opérateur pour une ligne de production complète, car elles sont complètement automatisées. La surveillance se fait à partir de différents écrans », souligne Christian.

Conseils
« Je ne regrette pas mon choix de carrière et j’espère que d’autres se lanceront dans le domaine », souligne Christian, l’un des rares finissants du programme de sciences du bois. Par contre, il faut être prêt à aller travailler en région. « Les scieries ne se rapprocheront pas de la ville. Ça coûte moins cher de transporter du bois scié que du bois rond. En ville, une fois que les quelques postes de recherche sont comblés, les débouchés ne sont pas nombreux. Pourtant, dès qu’on s’éloigne un peu des centres urbains, les ingénieurs du bois sont très recherchés », conclut Christian.

 

 

Retour aux métiers