Sébastien Fillion

 

Jules Roy, opérateur d’équipements de scierie

Jules Roy est opérateur de moulurière, et il aime lui-même se qualifier de « rat de machine ». Son goût du défi et sa soif d’apprendre lui ont permis de progresser jusqu’à ce poste d’opérateur, l’un des plus importants de l’usine de Plancher Beauceville. Alliant productivité et minutie, son travail consiste à transformer les planches brutes en produits finis par l’intermédiaire d’une machine, dont il connaît les moindres réglages et comportements. Sa longue expérience sur d’autres équipements de scierie, comme le planeur et la déligneuse, lui a permis d’apprendre son métier d’aujourd’hui. Autodidacte, Jules s’est formé en observant ses collègues, à une époque où les formations dans le domaine du bois étaient chose peu commune.

Poste :
Opérateur de moulurière
Employeur :
Plancher Beauceville
Localisation:
Beauceville (Chaudière-Appalaches)
Fonctions  :
Ajuster la machinerie en fonction des normes et du produit voulu; tourner les planches pour aller chercher le meilleur classement possible; remplacer les couteaux; faire l’entretien préventif de la machine; faire régulièrement le contrôle de la qualité du produit pour maintenir une précision constante; faire des réparations si nécessaire.

« On peut dire que je suis un “rat de machine”. Je peux démonter et remonter ma moulurière d’un bout à l’autre. »

 

Champs d’intérêt
« Pour quelqu’un qui aime le travail manuel, c’est le plus beau métier du monde. Ce qui me plaît le plus dans mon travail, c’est de faire des produits de qualité avec des gens qui nous écoutent et qui sont prêts à améliorer nos machines et la sécurité des équipements. J’avais toujours rêvé de travailler pour une compagnie qui s’en allait vers de la qualité et de la fierté. Quand la production s’est réorganisée, à la suite d’un incendie dans la scierie en 2002, j’ai immédiatement embarqué. On m’a offert le poste d’opérateur de moulurière parce que j’avais de l’expérience et surtout la volonté d’apprendre ce métier-là », raconte Jules, pour qui le souci du détail est une règle d’or. « À la moulurière, je fais un travail pour lequel il faut être “fancy” : si je ne veux pas d’un produit chez nous, je ne l’envoie pas à d'autres », se plaît-il à dire.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’opération d’un équipement comme la moulurière n’est pas aussi routinière qu’elle n’y paraît au départ. « C’est certain qu’on fait le contrôle des produit toutes les sept minutes, mais il y a toujours des surprises, de petits réglages à faire. Un des gros défis, c’est de mettre une nouvelle machine en marche. Il faut aimer la mécanique et ne pas avoir peur de faire des heures. C’est certain qu’il peut y avoir des choses plus difficiles, comme de remplacer un collègue sur une machine qu’on maîtrise moins bien. Un opérateur préfère être en avant de sa machine et connaître par cœur ses moindres comportements, mais si remplacer quelqu’un peut rendre service, c’est aussi bien », soutient-il.

Qualités recherchées
Accroc de la mécanique, Jules pratique un métier qui lui permet d’assouvir pleinement sa passion. « Le métier d’opérateur demande aussi qu’on sache prendre des responsabilités. Il faut être attentif, avoir une bonne coordination et un bon sens de l’observation. C’est de la surveillance. Sur la moulurière, il faut aller chercher le plus bel aspect du bois et s’assurer que chaque morceau a été bien découpé. C’est essentiel pour que les planches destinées à la fabrication de planchers puissent bien s’emboîter. C’est un métier très manuel, mais c’est moins physique qu’avant. Dans le passé, tout se faisait à bras. Aujourd’hui, on a des manettes, des boutons et des pédales, mais ça demande quand même une certaine forme physique pour changer quelques parties de la machinerie et les couteaux qui sont particulièrement lourds. »

Formation
Pour l’aspirant opérateur d’équipements de scierie, la formation professionnelle en sciage est recommandée. « Ma formation, je l’ai faite par moi-même. Je suis entré ici comme emballeur et j’ai appris le fonctionnement des équipements de manière autodidacte, par l’observation. On peut dire que je suis un “rat de machine”. Je peux démonter et remonter ma moulurière d’un bout à l’autre. Pour être opérateur d’équipements de scierie, c’est important de bien connaître la machinerie. Une formation peut aussi amener la connaissance de la mécanique, du fonctionnement de différentes machines et du bois en tant que tel. Par exemple, le merisier est plus glissant et le chêne est plus collant, ça va nécessiter un changement dans le réglage de la machinerie. Pour un jeune, la formation permet aussi un avancement plus rapide, surtout s’il n’a pas peur de prendre des responsabilités. Personnellement, c’est ce qui m’a permis d’avancer, même sans formation », complète-t-il.

Horaire et milieu de travail
L’opérateur d’équipements de scierie travaille en moyenne 40 heures par semaine. Certains opérateurs travaillent le soir et la fin de semaine, mais ce n’est pas le cas de Jules qui travaille la semaine, de 6 h 30 à 14 h 45. « En général, je fais des quarts de huit heures. Il m’arrive aussi de rentrer plus tôt le matin ou de sortir plus tard le soir s’il y a des réparations à faire sur la machine, mais ça m’arrive de moins en moins. C’était plus courant lorsqu’on a eu la nouvelle machine. Avec le temps, on prend de l’expérience et on fait de la prévention », souligne-t-il. Jules doit aussi demeurer disponible pour les urgences à l’usine, mais il peut heureusement compter sur un collègue pour le remplacer en cas de problème.

Son milieu de travail, c’est l’usine. Il travaille en solitaire dans un atelier où passe la chaîne de production. « Je suis un peu à l’écart de la production. Mon travail nécessite beaucoup de concentration : moins il y a de gens autour de moi, mieux c’est. Si on perd sa concentration, on risque de perdre 100 ou même 200 planches en un rien de temps. Il faut être au poil et toujours attentif à ce qu’on fait. Je dis souvent que c’est mieux d’être en avant de la machine que derrière! Il faut aussi être précautionneux, car on travaille avec des couteaux et des moteurs, ça vire vite. Heureusement, nos patrons sont très attentifs à notre sécurité. On a une procédure de cadenassage obligatoire et j’ai même fait rajouter des éléments sur ma machine pour ma sécurité. »

Rémunération
Le salaire d’un opérateur d’équipements de scierie varie en fonction de l’entreprise pour laquelle il travaille, du niveau de responsabilité du poste et des primes qui sont parfois accordées par l’employeur. « Parmi les opérateurs d’équipements de scierie, l’opérateur de moulurière est probablement le poste le mieux rémunéré, car il implique davantage de précision et de responsabilité. C’est un poste déterminant dans le revenu de l’usine », explique l’employeur de Jules. Selon ce dernier, un opérateur peut gagner environ 30 000 $ en débutant. L’opérateur de planeur gagne quant à lui un salaire sensiblement plus élevé, variant entre 35 000 $ et 40 000 $ par année.

« La question des salaires est un secret bien gardé. Demander son salaire à quelqu’un dans le domaine du bois, ça revient souvent à se faire conter une histoire de pêche, lance Jules, éclatant d’un rire communicateur. Ce que je peux dire, c’est que je reçois un salaire à l’heure, incluant le paiement des heures supplémentaires à temps et demi. Dans la plupart des usines, on reçoit notre paye chaque semaine; ici, on a aussi accès à des primes annuelles de groupe basées sur la qualité de la production, la productivité et l’absentéisme. » Son employeur ajoute également que les employés de Plancher Beauceville ont accès à un service de cafétéria à prix réduit, incluant soupe, repas et dessert, ce dernier mot ne manquant pas de faire sourire Jules au passage.

Défis et perspectives
Le principal défi de l’opérateur d’équipements de scierie est d’accomplir un travail de qualité. « C’est d’autant plus vrai pour l’opérateur de moulurière. On nous demande de produire, mais le premier critère, c’est d’abord et avant tout la qualité. D’ailleurs, l’amélioration de la machinerie nous a permis de faire de grandes avancées en ce sens. Il est aussi possible qu’on voie encore des améliorations, probablement vers des équipements et des procédés qui vont permettre d’économiser le bois, la matière première. »

Selon Jules, les perspectives d’emploi sont aussi très bonnes pour les opérateurs d’équipements de scierie. « Plus l’employé est formé, qu’il a d’expérience et qu’il est apte à produire de la qualité, meilleures sont ses chances d’obtenir un emploi. Il est aussi plus facile de passer d’un poste dans une usine de bois franc vers un poste dans une usine de bois mou, étant donné que le premier demande souvent plus de précision », confirme Jules, sûr de pouvoir se trouver un emploi si jamais son employeur avait des difficultés.

Conseils
La patience, la persévérance et la confiance en soi sont les clés du succès pour l’opérateur d’équipements de scieries. « Il peut arriver qu’on fasse une gaffe et qu’on gaspille du bois, mais on peut apprendre de nos erreurs. C’est la meilleure façon de s’améliorer », soutient Jules, à qui la débrouillardise et la soif d’apprendre ont permis d’occuper l’un des postes les plus importants de l’usine de bois de Plancher Beauceville.

 

 

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