
Pierre Nadeau, opérateur de séchoir à bois
Pierre Nadeau est un grand chef, mais il n’est pas de ceux qu’on rencontre dans la cuisine des grands restaurants. Opérateur de séchoir à bois, il apprête le bois avant qu’il ne soit « consommé » dans l’usine. C’est une immense bouilloire, sur laquelle il doit veiller jour et nuit, qui fournit l’énergie nécessaire à cette opération. Ses instruments de mesure, les odeurs et le contact de l’air dans le séchoir lui indiquent ce qu’il doit faire pour atteindre le niveau d’humidité désiré. Une fois séché, le bois qu’il a préparé sera transformé, dans l’usine, en planchers de bois franc. Accroc de la recherche, il tente quotidiennement de repousser ses limites et d’améliorer le procédé de séchage qui donnera au bois sa qualité finale.

Poste : |
Coordonnateur des opérations de séchage |
Employeur : |
BOA-Franc, usine 2 |
Localisation: |
Saint-Georges-de-Beauce (Chaudière-Appalaches) |
Fonctions : |
Gérer et opérer le séchage des différentes essences de bois destinées à être transformées en planchers; concevoir et gérer des projets de recherche et de développement; gestion de main-d’œuvre. |

« On n’a jamais vu sortir de l’eau du bois. Pourtant, c’est la base du séchage! »
Champs d’intérêt
Le travail d’opérateur de séchoir à bois permet à Pierre d’être constamment en mouvement. « Quand j’ai goûté au travail en dehors d’un bureau, je n’ai plus jamais voulu en faire, du bureau! » Quant à son aboutissement dans un séchoir à bois, il s’agit surtout d’un concours de circonstances qu’il ne regrette aucunement aujourd’hui. « Il n’y a rien de particulier qui m’a attiré vers le séchage du bois. Dans le cadre de ma formation d’électricien, j’ai fait mon stage chez BOA-Franc et on m’a demandé de m’occuper des opérations de séchage. Ça cadrait exactement avec ce que je voulais faire. Je n’avais pas nécessairement d’intérêt pour le séchage du bois à ce moment-là, mais plutôt pour tous les équipements qui entourent ce travail. Mon employeur a mandaté une firme d’ingénieurs pour me former pour le séchage du bois. »
« L’opérateur du séchoir dans une usine, c’est souvent le gars qui voulait faire ça. Pas parce qu’il en avait envie, mais plutôt parce qu’il ne voulait plus faire son ancien travail. Personnellement, j’ai choisi mon métier. Ce que j’apprécie le plus, c’est de pouvoir créer. Le bois évolue tellement lentement qu’il se dégrade sans qu’on s’en rende compte. Il faut faire de la recherche, se tenir informé et développer des techniques adaptées. » Par ailleurs, Pierre avoue être un solitaire. « Quand tu opères des séchoirs à bois, tu es un technicien et par défaut, un technicien, ça n’aime pas le monde. Si j’aimais travailler avec des humains, je ne pourrais pas travailler seul dans mon séchoir à bois. C’est probablement ce qui fait que je préfère faire le moins de gestion de main-d’œuvre possible. J’en fais parce que je n’ai pas le choix, mais j’en fais de moins en moins pour pouvoir me consacrer à mes recherches », explique-t-il.
Qualités recherchées
« Si on ne fait que ça, c’est un travail répétitif. Ce n’est pas compliqué, mais ça demande de la rigueur et de la constance. C’est une technique “steak, blé d’Inde, patates” : tu respectes ça et ça va toujours bien », lance Pierre, l’air espiègle. Pour sortir de sa routine, l’opérateur de séchoir doit être créatif et savoir convaincre. « Je passe 50 % de mon temps à faire de la recherche et du développement. Pour créer, il faut sortir de ses zones de confort. Avec la conjoncture économique qu’on connaît, c’est important d’avoir des personnes qui veulent faire avancer les choses. Il faut aussi savoir être à l’écoute de ce dont les autres ont besoin et avoir l’esprit de synthèse pour pouvoir faire des liens. Lorsqu’on a des problèmes, il faut avoir le même tempérament qu’un politicien. Quand tu es rendu au mardi et que tu as déjà 40 heures de faites, il faut avoir un caractère fort pour ne pas se laisser écraser. » Toutefois, il ne perçoit pas son travail comme stressant. « Il y a de la pression, mais pas de stress si tu connais “ta job”. »
Pierre souligne également qu’il est important d’être dévoué, surtout lorsqu’une alarme de bouilloire nous ramène au travail en pleine nuit. « Par contre, c’est un métier qui n’est pas très physique et qui demande surtout qu’on soit en santé. Il y a beaucoup de changements de température. Il existe naturellement un certain danger à travailler avec une bouilloire, mais quand tu connais les risques, c’est toujours possible de les gérer. Juste par l’odeur dans le séchoir ou l’air qui t’arrive sur la peau, tu peux dire si ton bois est prêt ou s’il y a quelque chose qui ne va pas. Pour bien contrôler le séchage, il faut donc en comprendre les principes de base, en plus de la programmation et de comment l’ordinateur va réagir. » Selon Pierre, une femme peut très bien se plaire dans ce métier. « Que ce soit pour un homme ou une femme, il faut vouloir donner de son temps, sinon tu vas rester un numéro deux. »
Formation
« Pour devenir opérateur de séchoir à bois, il n’y a pas de formation obligatoire, mais il faut avoir ses cartes pour opérer la bouilloire. Souvent, le meilleur opérateur, ce n’est pas toujours celui qui a étudié dans le bois : c’est plutôt celui qui a son cours de mécanicien de machinerie fixe. Ça t’apprend l’opération des bouilloires et tu dois aussi étudier la physique et l’électronique. Le cours en séchage est très bon, mais il y a un manque sur certains aspects concernant la mécanique et l’électronique. Pour être performant dans le séchage du bois, il faut aussi connaître l’environnement et la météo, parce que le bois ne commence pas à sécher dans le séchoir, mais à partir du moment où on le coupe. Connaître les points de rosée, les dépressions et les anticyclones, ça peut être beaucoup plus utile qu’on le pense », fait-il remarquer.
Quand je suis arrivé à BOA-Franc, j’ai eu une formation accélérée sur le séchage du bois en complément à ma formation d’électricien. Sécher du bois, c’est pas comme respirer. Si tu perds un lot de bois, tu vas peut-être arrêter le travail de l’usine pour un mois. C’est important de connaître les stress qui se développent dans le bois et de savoir comment les prévenir. Pour être un bon opérateur, il faut donc connaître la vapeur, l’électronique, la mécanique et le bois. Personnellement, la connaissance de l’électricité m’a appris à travailler avec l’intangible : on n’a jamais vu sortir de l’eau du bois. Pourtant, c’est la base du séchage! », explique Pierre, en bon vulgarisateur.
Horaire et milieu de travail
« C’est un travail qui demande environ 40 heures par semaine, mais ça peut dépasser. Souvent, l’opérateur de séchoir est payé à la semaine, mais on ne fait pas toujours du 9 à 5, c’est une vocation. Ici, on est payé pour que ça fonctionne. Si tout va bien à l’usine, je vais aller visiter d’autres usines pour m’inspirer. Une bouilloire, c’est comme un bébé, ça ne te lâche pas. Si la bouilloire est brisée et qu’il y a une alarme de bouilloire, ce n’est pas dangereux si tu sais l’opérer, mais ça peut exploser et engendrer des pertes importantes pour l’entreprise. Évidemment, ça n’arrive jamais du lundi au vendredi! J’ai déjà fêté Noël et le jour de l’An à l’usine. L’opérateur est comme un médecin, il n’est pas obligé de rentrer lorsqu’il y a une urgence, mais il peut perdre un lot de bois au séchage. » Selon Pierre, l’option idéale, c’est d’habiter le plus prêt possible des séchoirs de l’usine.
Lorsqu’on l’entend décrire son environnement de travail, sueurs et frissons sont au rendez-vous! « Mon environnement de travail est très particulier : lorsque je rentre dans un séchoir et que je prends une “pof”, je sens l’eau bouillante me descendre dans les poumons et lorsque je sors, c’est comme des cubes de glace. » Se décrivant comme le cuisinier de l’usine, Pierre oublie pourtant de mentionner les odeurs sucrées de bois qui flottent dans l’air et le craquement musical des planches qui sèchent dans les séchoirs. Il faut pourtant avouer que l’opérateur de séchoir ne doit pas avoir peur de se salir les mains. « On doit manipuler des produits chimiques et quand on fait le ménage de la bouilloire, c’est sale et c’est chaud. C’est comme entrer dans un immense poêle à bois », explique-t-il.
Rémunération
La rémunération varie d’une usine à l’autre et en fonction des tâches confiées à l’opérateur. Les opérateurs sont généralement payés sur une base annuelle. « Ici, chez BOA-Franc, je reçois un salaire annuel », confirme Pierre. En moyenne, un opérateur de séchoir à bois peut gagner un salaire annuel de 40 000 $. « Lorsqu’on connaît bien son métier, on peut atteindre des salaires d’environ 50 000 $ par année. « C’est également un travail qui peut être payé à l’heure, mais c’est plutôt rare. »
Défis et perspectives
Actuellement, l’industrie de la transformation du bois fait face à plusieurs défis comme la réduction des pertes, l’augmentation de l’efficacité des équipements, la réduction des coûts énergétiques et l’optimisation des procédés de transformation. « C’est dans les usines que se fait l’argent : elles vont donc devoir utiliser davantage l’expertise de leurs employés pour se démarquer. Comme opérateur, si tu travailles fort et que tu connais bien tes machines, tu peux développer de l’exclusivité. »
Avec les difficultés actuelles de l’industrie du bois mou, il va probablement y avoir de la main-d’œuvre disponible, mais le séchage du bois mou et du bois dur, ça ne demande pas les mêmes compétences, d’où l’importance d’être bien formé pour pouvoir se réorienter facilement. Des bons opérateurs, il n’y en a pas des tonnes et ça prend un caractère spécial si on veut progresser. Tu peux commencer par t’occuper du séchoir, puis tu peux voir tes responsabilités augmenter, t’occuper de la cour à bois, de la bouilloire, de l’achat de l’équipement, faire de la recherche, etc. Il n’y a pas de limites à ça. C’est sûrement aussi possible de monter un peu dans la hiérarchie de l’usine, mais personnellement, ça ne m’intéresse pas. »
Conseils
Aux jeunes intéressés à devenir opérateur de séchoir à bois, Pierre conseille d’aller chercher leur DES. « On peut ensuite suivre un cours où il va y avoir une demande importante, comme opérateur de machinerie fixe. » Une formation en transformation du bois peut aussi être intéressante pour quelqu’un qui souhaite seulement travailler dans le domaine de la transformation du bois, comme le programme d’études collégiales en technologie de la transformation des produits forestiers. Pierre insiste sur l’importance d’avoir une formation solide et polyvalente pour devenir opérateur de séchoir à bois. « Dans l’industrie, on n’aura pas le choix d’avoir des gens bien formés dans les séchoirs à bois parce qu’il y a énormément d’argent qui s’y perd. Quand j’ai commencé, ça prenait huit heures pour opérer six séchoirs; aujourd’hui, ça m’en prend deux pour opérer douze séchoirs. » En résumé, Pierre suggère aux intéressés de bien s’outiller avant de se lancer.
Retour aux métiers


|